Le Maroc, un acteur important de la lutte contre le terrorisme?

Au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, le Maroc est de plus en plus sollicité en tant qu’acteur fort de la lutte contre le terrorisme. La force du royaume se situe dans son réseau.

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Yassine Mansouri, directeur de la DGED. Crédit : Rachid Tniouni
Yassine Mansouri, directeur de la DGED. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Depuis les attentats contre l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, la lutte contre le terrorisme est plus que jamais la priorité des gouvernements européens. Pour certains pays de l’Union européenne, le Maroc semble être devenu un pays incontournable dans la réalisation de cet objectif.

Le dernier pays à avoir sollicité l’aide marocaine est l’Allemagne, comme en atteste la venue, le 22 janvier, du chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, au Maroc. Il a abordé avec le roi Mohammed VI les « enjeux de sécurité et de lutte contre le terrorisme dans les régions du Maghreb et du Sahel ». Frank-Walter Steinmeier souhaite également passer « en revue les moyens à même de freiner la montée de la violence ».  Quelques jours plus tôt, c’est l’Union européenne qui avait fait part de son intention de collaborer avec le Maroc sans nommer le royaume de manière claire. En effet, lors d’une réunion entre les ministres des Affaires étrangères de l’UE, la chef de la diplomatie européenne, Federica Morghini, avait annoncé son intention de mettre en place un système « d’échanges d’informations » et de « renseignements » avec des pays arabes et d’ « Afrique du Nord ».

Un partenariat avec l’Espagne

L’un des seuls pays de l’Union européenne qui semble avoir développé un réel partenariat avec le Maroc est l’Espagne. Les deux voisins ont mis en place un véritable système de coopération impliquant l’envoi d’agents marocains en Espagne et vice-versa. Les deux pays ont même mené une opération commune, nommée Firewell, qui a permis l’arrestation de jihadistes liés à Daech. En outre, les deux pays envisagent la mise en place d’un mécanisme permettant aux juridictions des deux pays de se transférer des preuves nécessaires dans le cadre de l’élucidation d’une affaire. Signe de rapprochement, la remise de la croix honorifique du mérite policier espagnole au patron de la Direction générale de la surveillance du territoire, Abdellatif Hammouchi.

Enfin en France, d’anciens ministres et responsables du gouvernement ont effectué, peu de temps après les attentats contre Charlie Hebdo, des sorties dans la presse dans lesquelles ils réclament le retour de la coopération avec le royaume. C’est notamment le cas de l’ancien président et dirigeant de l’UMP, Nicolas Sarkozy, qui, dans une interview accordée à la radio RTL a appelé au « renforcement des liens entre les services de renseignements intérieurs français, notamment avec le Maroc ». Une volonté partagée par l’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, qui, dans les colonnes du Figaro a critiqué l’état actuel des relations entre la France et le royaume : « Actuellement, nos relations avec le Maroc, qui était l’une de nos principales sources de renseignement, sont considérablement distendues », avait relevé l’ancien ministre de l’Intérieur.

Des services de renseignement bien structurés

« Le Maroc a toujours eu un rôle important dans la lutte contre le terrorisme », affirme une source au sein de la diplomatie marocaine. Même son de cloche pour le président de l’Institut marocain des relations internationales (Imri), Jaouad Kerdoudi, qui affirme que les récents attentats contre Charlie Hebdo n’ont fait qu’augmenter l’« importance » du Maroc aux yeux des pays européens.

Pour le président de l’Imri, la force du royaume dans ce domaine se situe d’abord au niveau local. « Les services de renseignements sont bien structurés et cela commence à partir des moqaddems. Ces derniers sont chargés de surveiller tout ce qui passe dans les quartiers et ces relais locaux se révèlent indispensables ». Autre atout de poids pour le royaume, selon Kerdoudi, les services de police et de gendarmerie qui sont « bien organisés » et qui réalisent fréquemment des « coups de filets ». Pour Kerdoudi, la force du renseignement intérieur marocain est sa structure qui va « du bas vers le haut ».

A l’international, le Maroc se distingue aussi par son réseau. En effet, le royaume bénéficie d’une « coopération sécuritaire avec les pays du Golfe » qui lui permet d’avoir de nombreux renseignements. Le Maroc bénéficie aussi de la présence de ses services de renseignements en « Afrique et en Europe » capables de transmettre des « informations concernant les déplacements de personnes suspectées de terrorisme » aux services étrangers, selon notre source diplomatique. Ce sont des données très importantes et les services de renseignements marocains sont également capables de définir « le moment ou une personne peut être arrêtée », d’après la même source.

Enfin, la force des services de renseignements marocains a été révélée lors de l’intervention à l’Assemblée générale de l’ONU de Yassine Mansouri, chef de la Direction générale des études de la documentation, en septembre dernier. Le patron du contre-espionnage marocain avait alors révélé que ces services ont déjoué 119 tentatives d’attentat à l’explosif, 109 tentatives d’assassinats, 41 attaques armées ainsi que sept tentatives de prises d’otages.