Avec #JeSuisKouachi, une Marocaine sert la soupe au Front national

« Pour rire », une jeune Marocaine a tweeté #JeSuisKouachi. Le hashtag a été repris des milliers des fois, notamment par l'extrême droite française. Explications.

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Crédit : keiyac / Flickr.

Elle ne pensait pas être à l’origine d’une telle déferlante de tweets et susciter autant de remarques. Le 8 janvier, au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, le compte Twitter d’une étudiante marocaine, Sheima Lasri, a publié sur le réseau social un message avec le hashtag #JeSuisKouachi, reprenant le nom des frères auteurs de la tuerie, en référence au #JeSuisCharlie:

Je dénonce le harcèlement des policiers envers ces deux musulmans #Jesuiskouachi.

Un tweet qui attire rapidement l’attention de la communauté, les insultes pleuvent. Sheima Lasri se rétracte et explique « C’était juste une blague ». Trop tard. Le journaliste français Jean-Marc Manach montre sur le site d’information Arrêts sur images qu’il a été repris près de 50 000 fois, et explique comment il a été réutilisé. Le hashtag a d’abord été repris par des extrémistes et des comptes des milieux djihadistes qui twittent automatiquement, à l’aide notamment de robots.

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Un hashtag repris par le Front national

Mais quand une internaute a publié dans le même message #JeSuisKouachi, et #padamalgam, un mot-clé très populaire dans les milieux d’extrême droite, le hashtag a également suscité l’intérêt de l’extrême droite française. Des responsables et des élus du Front national (Florian Philippot, entre autres), l’ont repris à leur tour, pour le dénoncer et l’utiliser comme preuve du climat qu’ils considèrent « haineux » en France. Certains allant jusqu’à critiquer les médias qui n’en parlent pas, alors que plus le hashtag est de plus en plus utilisé.

#JeSuisKouachi a fait partie un moment du top 5 des hashtags les plus utilisés en France. Certains internautes ont alors demandé à Twitter de bloquer l’expression, d’autres ont même appelé les autorités à s’en servir pour remonter jusqu’aux internautes. Mais finalement, le mot-clé aura davantage été utilisé par des personnes proches du Front national que par des islamistes eux-mêmes, et encore plus par les médias. « C’est plus une instrumentalisation du FN qu’une montée de haine sur le Net », explique même Nicolas Vanderbiest, un universitaire spécialiste des crises de réputation sur le web interrogé par Arrêts sur Images.

Plus de dénonciations que de reprises en soutien aux terroristes

Guilhem Fouetillou, cofondateur de Linkfluence, entreprise spécialisée dans l’analyse du web social, explique sur l’antenne de France Info que la haine sur le web est très minoritaire aux lendemains des attentats. « L’ensemble des tweets qui traitent des attentats est de dix millions de tweets, ce qui est un record pour la langue française », explique-t-il, « parmi ces dix millions de tweets, #jesuisKouachi ne représente que 35 000 tweets, c’est-à-dire environ 0,3% de la totalité ».

Et Jean-Marc Manach de conclure : « Les twittos qui (proches du FN, #oupas) ont propagé #JeSuisKouachi avaient leurs raisons de le dénoncer. Par contre, les médias qui ont relayé cette soit-disant déferlante de haine, évoquant ces dizaines de milliers de tweets, auraient mieux fait de préciser qu’il s’agissait d’abord et avant tout d’un déferlement de critiques et de dénonciations de quelques centaines de réels appels à la haine. »

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