Marrakech : une mineure violée, mariée de force puis défigurée

Elle voulait divorcer de l’homme qu’on l’avait forcée à épouser, il lui a tailladé le visage. Le drame de cette Marrakchie de 17 ans rappelle celui d’Amina Filali.

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L'hôpital Ibn Tofail de Marrakech. Crédit : CHU Mohammed VI Marrakech

L’affaire commence à faire les gros titres de la presse nationale. Très tôt dans la matinée du samedi 8 novembre, une jeune fille de 17 ans est déposée à l’hôpital Ibn Tofail de Marrakech : son visage, ses mains et sa poitrine ont de multiples entailles qui ont nécessité plus de 39 points de suture. Des blessures qui lui auraient été infligées par son mari. « Elle est défigurée », s’exclame avec émotion Omar Arbib, président de la section Marrakech-Menara de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), qui est allé à l’hôpital et a rencontré la mère de la victime.

Cette dernière lui a raconté que le mari de sa fille avait été libéré mercredi dernier après avoir passé 6 mois en prison pour vol et détention de drogue. Et il avait très mal pris la volonté de son épouse, retournée vivre avec sa mère, de demander le divorce. Au point de lui taillader le visage avec une lame de rasoir en lui assénant – toujours selon sa mère – « je te jure que personne ne t’épousera après moi ! ».

Jeune fille défigurée à Marrakech

La jeune fille a eu le visage, les mains et le torse tailladé. Crédit : DR

Du viol au mariage

La jeune femme a essayé de se défendre, ce qui a provoqué ses blessures aux mains et à la poitrine. L’homme a ensuite déposé sa femme à l’hôpital, et aurait appelé sa belle-mère pour la prévenir de l’état de sa fille.

Mais ce qui horrifie encore davantage Omar Arbib, c’est que « l’adolescente avait déjà été forcée d’épouser son violeur ». Selon sa mère, elle aurait été violée il y a un an, par un homme arrêté par la police mais auquel elle aurait choisi de pardonner quand il a proposé d’épouser sa fille – qui avait 16 ans – pour « réparer et la protéger ».

Le militant des droits de l’Homme explique que la victime est orpheline de père, et que sa famille est très modeste. Il ne blâme donc pas forcément la mère : « l’adolescente est victime de la loi ».

Le souvenir d’Amina Filali

Car pour Omar Arbib, c’est l’article 475 du Code pénal qui a justifié le mariage de l’adolescente. Le même article invoqué – illégalement – pour justifier le mariage de la jeune Amina Filali avec son violeur. Cette dernière s’était suicidée en mars 2012. Elle n’avait que 16 ans.

Son histoire avait ému le Maroc et le monde, poussant les députés à amender le fameux article 475 en janvier dernier (qui ne traitait pourtant que du détournement de mineur, et non du viol, ndlr).

Mais la mobilisation, l’emballement médiatique, et même l’engagement des politiques à la suite de la mort d’Amina n’ont pas suffi à empêcher le mariage et l’agression de la jeune Marrakchie.

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