Pourquoi le Maroc ne participe pas à l'alliance contre l'Etat islamique

Pourquoi le Maroc n’intervient-il pas dans la lutte contre l’État islamique ? C’est la question à laquelle Telquel.ma a tenté de répondre.

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Crédit : AFP

La conférence de Paris pour établir un plan d’action contre l’État islamique (EI, Daesh en arabe) s’est tenue le 15 septembre et a réuni des représentants de plus de 27 pays arabes et occidentaux. L’Égypte, qui a conditionné son entrée dans la coalition à un mandat sécuritaire de l’ONU, et la Turquie, voisine de la Syrie, n’ont pas participé à cet événement.

Le Maroc faisait également partie des absents du rendez-vous international. Le royaume a pourtant été sollicité par les pays du Conseil de coopération du Golfe pour lutter contre le mouvement islamique. Il a également signé des accords de coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme avec les États-Unis et l’Union européenne. Autre considération, les citoyens marocains constituent le troisième plus grand contingent au sein de l’EI. Les raisons semblent donc être réunies pour que le Maroc participe à une grande action commune contre l’organisation terroriste. Pourquoi donc le Maroc ne se joint-t-il pas à la coalition contre l’EI ?

Une non-participation stratégique…

Si le Maroc ne participe pas à l’alliance contre l’EI, c’est tout d’abord à cause de son emplacement géographique. « Contrairement aux pays du Golfe, le Maroc n’est pas sur la ligne de front », affirme une source au sein du ministère des Affaires étrangères. Car la dimension géographique est prédominante dans ce conflit : « Le Maroc, contrairement à des pays comme l’Égypte ou la Jordanie, n’est pas proche des intérêts des pays occidentaux − que sont notamment l’Irak et Israël. [Amman et Le Caire] pourraient donc se joindre à la coalition », explique le chercheur et éditorialiste Bilal Talidi, membre du Mouvement unicité et reforme.

Une idée confirmée par notre source diplomatique, qui affirme que « depuis la fin du régime de Morsi, les pays du Golfe peuvent à nouveau compter sur l’Égypte et peuvent se passer de l’aide du Maroc ».

Autre explication à la non-participation marocaine, le manque de moyens : « les moyens dont [le Maroc] dispose pour une contribution efficace sont limités et son éloignement (de la zone de combat, ndlr) ne rendrait pas sa tâche facile », analyse un professeur de relations internationales qui a souhaité garder l’anonymat.

Bases américaines dans le Golfe. Le Maroc se situe à plus de 4000 kilomètres du front. Crédit: DR
Bases américaines dans le Golfe. Le Maroc se situe à plus de 4 000 kilomètres du front. Crédit : DR

La non-participation du Maroc à l’alliance anti-EI pourrait aussi être une décision stratégique. « La stratégie annoncée par les États-Unis est loin d’être claire ou convaincante. Comment espérer vaincre l’EI en se limitant aux bombardements aériens ? », s’interroge notre spécialiste des relations internationales. Ce dernier estime que l’armée syrienne constitue la seule alternative crédible pour tenir tête à l’EI.

Autre dimension à prendre en compte, les origines du conflit : « C’est un conflit de famille (du Golfe, ndlr) dont les racines remontent à leur recherche de légitimité […] Le Maroc n’a pas intérêt à être impliqué dans ces conflits. La légitimité de la monarchie marocaine (religieuse, légale, traditionnelle ou charismatique) n’est plus contestée », analyse la même source.

…malgré des dangers sur plusieurs fronts

Depuis l’émergence de l’organisation dirigée par Abou Bakr Al-Baghdadi, le Maroc doit faire face à la menace que représente l’organisation terroriste sur plusieurs fronts. « La Libye constitue une grande zone d’instabilité et une intervention algérienne ou égyptienne sur le territoire pourrait également affecter la Tunisie », affirme Bilal Talidi. La Tunisie, du fait « de son instabilité politique », pourrait créer un effet « boule de neige », qui déstabiliserait tous les pays du Maghreb, selon Bilal Talidi.

Autre front qui nourrit des inquiétudes, l’Algérie. En l’espace de deux mois, deux groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et agissant en Algérie ont prêté allégeance à l’État islamique. « Cela signifie que l’Etat islamique a atteint nos frontières et qu’il y a raison de craindre », estime B. Talidi. Interrogé par Reuters, l’analyste sécuritaire, Anis Rahmani, minimise le risque et estime qu’« il sera très difficile pour ces groupes de commettre des exactions car les forces sécuritaires algériennes ont mis hors d’état de nuire la plupart des groupes terroristes sur son territoire ».

Les organisations terroristes opérant au Sahel sont aussi sources de craintes pour le royaume selon Talidi. Le chercheur estime qu’elles pourraient « également se joindre à l’EI ». Enfin, selon lui, les cellules implantées au sein du territoire national alarment les autorités du royaume : « Le recrutement accru des cellules basées dans le nord du pays et leurs connexions existantes avec l’État islamique constituent une source d’inquiétude pour le Maroc ».