Maroc

Délaissé par les Marocaines, le stérilet pourrait réduire les risques de cancer de l'utérus

Sarah Mirk/Flickr
Délaissé par les Marocaines, le stérilet pourrait réduire les risques de cancer de l'utérus
novembre 09
13:07 2017
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Une étude publiée dans une revue scientifique américaine démontre un lien entre le port du stérilet et la baisse du cancer de l'utérus. Au Maroc, ce moyen de contraception reste marginalisé.

Le stérilet pourrait réduire d'un tiers les risques de cancer de l'utérus, 2e cancer le plus important chez les femmes marocaines avec 2.258 cas en 2014 selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce résultat est sorti d'une étude publiée le 7 novembre dans la revue médicale américaine Obsetrics and Gynecology.

Les chercheurs se sont basés sur 16 études à travers le monde qui concernent 12.000 femmes. Même s'ils n'ont pas encore trouvé la causalité de cette réduction de risque de cancer de l'utérus grâce au dispositif intra-utérin (DIU ou stérilet), ils commencent à formuler des hypothèses.

Selon eux, il est ainsi possible que le contraceptif stimule une réponse du système immunitaire pour combattre les infections responsables du cancer, comme le papillomavirus humain. Dans l'attente de recherches plus poussées, les experts estiment qu'il est encore prématuré de recommander d'utiliser en masse le DIU.

"La possibilité qu’une femme puisse minimiser le risque de cancer du col de l’utérus en choisissant ce mode de contraception pourrait potentiellement avoir un très grand impact sur la fréquence de ce cancer", juge tout de même Victoria Cortessis, professeure adjointe de médecine clinique préventive à l’université de Californie du Sud et l’une des principales coautrices interrogée par l'AFP.

La timide percée du stérilet

Ces conclusions vont à l'encontre des préjugés, superstitions et a priori des Marocaines et Marocains, qui ont un impact négatif sur l'utilisation du stérilet, comme le prouvent les chiffres les plus récents du ministère de la Santé et de son service de planification familiale qui datent de 2011. Au total, seulement 4,2% des femmes mariées de 15 à 49 ans optent pour le stérilet.

Selon ces chiffres, la catégorie la plus disposée à choisir le stérilet est celle des femmes âgées de 35 et 44 ans, qui ont déjà eu entre 1 et 4 enfants. Plus les femmes ont un niveau d'instruction élevé et plus elles font partie des quantiles les plus élevés, plus elles optent pour le stérilet. La différence est aussi flagrante entre les femmes issues du milieu urbain (6%) et rural (2,1%). Par exemple, les deux régions où le stérilet est le plus présent sont le Grand Casablanca (7,9%) et Rabat-Salé-Zammoun-Zaër (6,8%) contrairement aux régions Tadla Azilal ou Chaouia Ouardigha, stagnant respectivement à 0,7 et 1,6%.

"Ce résultat met en évidence la nécessité de multiplier les efforts afin d’améliorer l’utilisation des méthodes de longue durée, notamment à travers l’amélioration de la qualité de la prestation de planification familiale y compris le counseling, en vue de changer la structure contraceptive", commente Hafida Hartaoui, cheffe de service de la planification familiale au ministère de la Santé.

Le professeur Chafik Chraïbi, chef du service gynécologie à la maternité des Orangers du CHU de Rabat, se félicite tout de même que "le stérilet gagne du terrain. Au début des années 2000, il stagnait à 5% avec plus de 60% de pilules, contre une 15% aujourd'hui".

Stérilet non grata

Si le stérilet est si peu utilisé au Maroc, c'est aussi en raison d'un manque d'information et de communication qui met la pilule contraceptive sur le devant de la scène, nous explique Mohamed Bensehli, membre de l'association marocaine de planification familiale (AMPF).

Les mythes sur le stérilet, comme celui selon lequel le DIU pourrait remonter jusqu'au cœur ou dans les reins, ont alors la peau dure. "Certaines femmes pensent qu'une opération est nécessaire pour poser un stérilet alors que c'est une simple pose qui doit seulement se faire dans des conditions d'hygiène et par des professionnels de santé compétents, que ce soit le médecin généraliste, la sage-femme ou un gynécologue", nous explique encore Mohamed Benselhi.

"C'est culturel, les femmes n'aiment pas avoir un corps étranger dans l'utérus ou le vagin, que ce soit le stérilet ou l'anneau vaginal. Le mari pense aussi que cela va le gêner pendant les rapports sexuels et que le fil va s'enrouler autour de son pénis", ajoute Chafik Chraïbi.

"Mon mari ne voulait pas que je le mette. Je saignais tout le temps, et le médecin me disait de ne pas faire d'effort. Alors assez rapidement j'ai repris la pilule", raconte Salwa, 55 ans, enseignante à Casablanca. Elle a utilisé le stérilet pendant un an et demi après la naissance de son premier fils, le temps de l'allaiter, et avoue avoir eu peur au début de tomber malade ou d'avoir un cancer. Une idée contredite par la dernière étude américaine qui considère que le DIU réduirait plutôt les risques.

Les saignements plus abondants sont aussi un argument religieux pour ne pas prendre le stérilet. "Cela embête les femmes qui font la prière", précise le professeur Chraïbi. Malgré quelques effets négatifs comme des règles abondantes et des contre-indications, le gynécologue considère que c'est un bon moyen de contraception de longue durée, car il comporte moins de risque que la pilule où l'oubli de la prise est le premier facteur d'enfants non désirés.

Lire aussi: Accès à la contraception : les risques du manque d’information

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