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Israël veut réduire Al Jazeera au silence

AFP
Israël veut réduire Al Jazeera au silence
août 07
10:02 2017
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Israël a annoncé dimanche son intention de fermer les bureaux de la chaîne d'information qatarie Al Jazeera accusée d'avoir encouragé les récentes violences autour des lieux saints à Jérusalem et de servir les intérêts des ennemis de l'Etat hébreu.

La chaîne de télévision qui diffuse largement à l'international a dénoncé cette mesure "grave (...) de la part d'un Etat qui prétend être la seule démocratie du Moyen-Orient" et a annoncé à l'AFP qu'elle allait contester en justice ces mesures visant à la réduire au silence en Israël.

Depuis des années, l'Etat hébreu dénonce la partialité d'Al Jazeera dans sa couverture du conflit qui l'oppose aux Palestiniens. Les attaques contre la chaîne ont connu une nouvelle escalade lorsque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé fin juillet son intention d'expulser Al Jazeera accusé d'avoir attisé les tensions sur l'Esplanade des mosquées, lieu symbolique du conflit israélo-palestinien.

Accusations de soutien au terrorisme

Dimanche, le ministre israélien des Communications, Ayoub Kara, a affirmé qu'Al Jazeera est "devenue le principal outil de Daech, du Hamas, du Hezbollah et de l'Iran". Il a soutenu qu'Al Jazeera "a incité à la violence ce qui a provoqué des pertes parmi les meilleurs de nos fils", en faisant allusion aux deux policiers israéliens tués le 14 juillet aux abords de l'esplanade des Mosquées par trois arabes israéliens.

"Ces derniers temps, presque tous les pays de la région notamment l'Arabie Saoudite, l'Egypte et la Jordanie sont parvenus à la conclusion qu'Al Jazeera incite au terrorisme et à l'extrémisme religieux, il était aberrant dans ces conditions que cette chaîne continue à émettre" à partir d'Israël, a ajouté le ministre.

Accréditations révoquées, et transmission limitée

Parmi les mesures envisagées figurent l'annulation des accréditations des journalistes ainsi qu'un arrêt des liaisons par câbles et satellitaires, a précisé le ministre. Une procédure va être également engagée par le ministre de la Sécurité intérieure en vue de la fermeture des bureaux de la chaîne à Jérusalem-ouest.

Les autorités israéliennes vont aussi tenter de limiter les capacités de transmission de la chaîne via des liaisons satellites "ouvertes qui permettent à la majorité des téléspectateurs de la communauté arabe israélienne d'avoir accès" à Al Jazeera, a ajouté le ministère des Communications.

Les Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948, représentent 17,5% de la population d'Israël, très majoritairement juive. Ils ont la nationalité israélienne et se plaignent de longue date de discrimination.

Diversion politique?

Le chef du bureau de la chaîne à Jérusalem Waleed al Omari a indiqué qu'il n'avait reçu pour le moment "aucune notification officielle" autre que les déclaration du ministre sur une éventuelle fermeture.

Il a dénoncé l'annonce d'Ayoub Kara en affirmant qu'elle a eu lieu "apparemment parce que Netanyahu veut détourner l'attention de toutes les affaires" dans lesquelles il est impliqué. Une allusion aux soupçons de corruption présumée dans deux affaires alors que la pression judiciaire s'est accentuée ces derniers temps autour du Premier ministre israélien.

A Doha, un responsable de la chaîne a nié toute partialité, soulignant que la couverture "des évènements dans les territoires palestiniens est professionnelle et objective".

L'offensive contre Al Jazeera survient après près de deux semaines de tensions autour de l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville occupée et annexée par Israël, où l'Etat hébreu avait installé un nouveau dispositif de sécurité à la grande fureur des Palestiniens. Ces derniers craignaient qu'Israël renforce son contrôle sur les lieux saints. Après d'intenses pressions internationales, Israël a fait machine arrière.

Israel sur la même longueur d'onde que le front anti-Qatar du Golfe

Al Jazeera est aussi dans le collimateur de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de Bahreïn et de l'Egypte qui ont rompu avec le Qatar le 5 juin. Ils accusent l'émirat de "soutenir le terrorisme" mais surtout de se rapprocher de leur grand rival régional l'Iran.

L'accès à Al Jazeera, fondée il y a plus de 20 ans par le gouvernement du Qatar, a été bloqué dans ces pays. Ils ont également exigé du Qatar de fermer cette chaîne, une demande jugée "inacceptable" par le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme car "compromettant la liberté d'information".

Al Jazeera dispose de près de 80 bureaux à travers le monde et diffuse dans plusieurs langues. Elle a été la caisse de résonance des mouvements du Printemps arabe. Ses détracteurs lui reprochent une ligne pro-islamistes.

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