Maroc

Ce qu'il faut savoir sur les législatives françaises de la 9e circonscription des Français de l'étranger

Des ressortissants français votent à Marrakech pour l'élection présidentielle. Crédit : Aicpress.
Ce qu'il faut savoir sur les législatives françaises de la 9e circonscription des Français de l'étranger
juin 03
22:03 2017
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Les électeurs français résidants au Maroc, et dans les 15 autres pays de la 9e circonscription des Français établis hors de France, vont voter ce dimanche 4 juin. Ils auront le choix entre 27 candidats qui prétendent au poste de député. Mais pourquoi cette circonscription déchaîne-t-elle tant de passion chez les candidats ?

Depuis 20 jours, la boîtes de messagerie des 34.000 électeurs français au Maroc sont submergés de mails. Les 27 noms des candidats au mandat de député s’accumulent, avec un bon nombre qui se revendique proches d’Emmanuel Macron. Autant de cafouillages qui brouillent le vote des citoyens inscrits sur la liste de la 9e circonscription des Français établis hors de France, qui comprend 16 pays du Maghreb à l’Afrique de l’Ouest. D'autant que la campagne a été violente, notamment avec la polémique autour de la candidature de Leila Aïchi sous les couleurs, ou non, du parti d'Emmanuel Macron. Tandis que les plaintes en diffamation et accusations fusent entre la candidate et son adversaire M'jid El Guerrab, ainsi qu'entre Didier Le Bret (Parti socialiste) et Erwan Davoux (Les Républicains).

170.000 électeurs

"C’est une circonscription clé où la population française est nombreuse, avec 170.000 personnes immatriculées et qui est en forte croissance depuis 2012 avec une augmentation de 35.000 résidents", constate Erwan Davoux, candidat Les Républicains (droite). Plusieurs enjeux s’y joue comme l’avenir de la francophonie, la coopération anti-terroriste et les binationaux. "La 9e circonscription est l’une des onze qui a le plus de binationaux, principalement marocains et algériens alors que les communautés maghrébines musulmanes sont devenues un enjeu politique en France", explique Frédéric Elbar, candidat indépendant de droite.  Ce siège à l’Assemblée nationale permet aussi de rembourser les frais de campagne si le parti du candidat dépasse les 5%. En plus, chaque voix fait aussi bénéficier au même parti 1,68 euros chaque année du mandat de cinq ans, selon la loi du 11 mars 1988.

L'attraction Macron

Tous les partis sont représentés dans cette élection, jusqu’aux micro partis assez insolites et minoritaires comme le Parti Pirate, le parti citoyen #Mavoix ou l’Union populaire républicaine. Mais il y a surtout les déçus des investitures des principaux partis qui s’accrochent à tout prix. C’est le cas de Frédéric Elbar, ancien membre des Républicains qui a été président de la section du parti de droite au Maroc. Après la candidature d’Erwan Davoux, juppéiste qui dit refuser d'être dans une opposition systématique à Macron, Frédéric Elbar s’obstine à se présenter en tant qu’indépendant. "Je travaille dans la région depuis plus 25 ans", revendique le candidat de droite.

Côté parti socialiste, la candidature du diplomate Didier Le Bret, membre récent du PS, a écarté M’jid El Guerrab qui se revendique finalement sous les couleurs de La République En Marche (LREM), parti d’Emmanuel Macron qui le soutient sans l’investir. "Je n’ai jamais eu l’investiture. Je me suis porté candidat sans étiquette puis le parti a décidé de me soutenir", tient à préciser le candidat.

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Ce soutien, il l'a acquis suite à la polémique de l'investiture de la candidate MoDem Leila Aïchi, écartée pour son positionnement sur le Sahara. "Je suis la seule candidate de LREM légitimement investie, que ce soit juridiquement ou politiquement ", revendique-t-elle en rappelant que sa candidature est l'issue d'un accord politique entre François Bayrou et Emmanuel Macron. D’autres candidats plus épars comme Khadijah David (Aimer la France), Zair Loubna Feirouze (indépendante) ou Pascal Capdevielle (UDI) sont présentés proches de la majorité présidentielle.

Si tous se battent pour récupérer l’étiquette Emmanuel Macron, c’est que la circonscription a voté à plus de 89,31% pour l’actuel président français le 7 mai. Un électorat acquis qui est ancré au centre-gauche après avoir voté en masse pour François Hollande en 2012 puis pour le député PS Pouria Amirshahi à 62%. Surtout que peu de voix sont nécessaires pour gagner, le député PS sortant n’en avait recueillies que 10.000 lors des dernières élections.

Des enjeux géopolitiques

La 9e circonscription comprend les pays du Nord de l’Afrique, allant du Maroc à la Libye, en passant aussi par le Mali et la Côte d’Ivoire. "En tant que député, je veux pouvoir infléchir des politiques internationales et les influencer, grâce à ma connaissance des sujets sur lesquels j’ai travaillé, notamment avec l’actuel ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et ancien ministre de la Défense avec qui j’ai visité l"opération Barkhane au Mali ", explique Leila Aïchi, militante écologiste et sénatrice de Paris qui a siégé cinq ans à la commission des Affaires étrangères de la deuxième chambre.

De même, Didier Le Bret met en avant son expérience au sien de l’Elysée et du ministère des Affaires étrangères sur les sujets de renseignement et de sécurité. "Le rôle du député est d’avoir un regard politique qui soit l’aiguillon au Parlement et qui donne des indications de tendance pour infléchir la politique de coopération", explique l'ancien diplomate qui a travaillé alors l’ancien ministre de la Défense Bernard Cazeneuve sur la formation des imams.

L’enjeu de cette circonscription est important pour la politique française vers l’Afrique et le monde arabe. "En Afrique, continent qui s’éveille et qui est en pleine croissance économique et démographique, la France doit travailler à une véritable politique étrangère", constate Erwan Davoux, qui a été conseiller diplomatique et responsable des relations internationales à l’UMP.

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C’est pour cette raison que tous les candidats insistent sur la francophonie et le rayonnement de la France qu’ils souhaitent développer en tant que député de ces 16 pays. Une fois cela passe par l'éducation et par réduction des frais d’inscription dans les établissements français, non seulement pour les ressortissants mais aussi pour les locaux. D’autres comme Didier Le Bret et Leila Aïchi proposent des solutions pour faciliter les visas pour les universitaires, chercheurs, entrepreneurs ou hommes d’affaires qui ont besoin de circuler vers la France et les autres pays francophones.

Des enjeux économiques

L'autre enjeu est économique pour cette région qui va connaître l'une des croissances les plus dynamiques dans les prochaines années, avec comme moteur le Maroc où les enjeux économiques sont de taille. Dans le royaume sont présents plus d'un millier de filiales de grandes entreprises françaises et de gros investissements dans les grands projets à Tanger, dans l'automobile ou les infrastructures ferroviaires. "Pour ma part, je veux créer une task force pour identifier les besoins des 16 pays auxquels la France pourrait répondre, comme dans le traitement de l'eau, des déchets et des énergies renouvelables", explique Leila Aïchi qui a travaillé sur les questions de diplomatie économique. 

Erwan Davoux et Frédéric Elbar  de leurs côtés proposent des mesures  pour les Français entrepreneurs dans la circonscription comme un fond d'amorçage pour le premier ou la sortir des entrepreneurs franco-marocains de la réglementatin des changes pour le deuxième. Le but : créer plus de valeur et se positionner en tant que Français sur le continent, qui connaît une influence économique turque, chinoise et russe de plus en plus forte.

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