Le Maroc a vocation à être un "pays pivot" de la stratégie africaine d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a été élu président de la France, face à Marine Le Pen. Entretien avec son conseiller diplomatique, Aurélien Lechevallier.

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Aurélien Lechevallier, conseiller diplomatique d'Emmanuel Macron. DR

Quels relations va entretenir le nouveau président français avec le Maroc ?  « Il a annoncé publiquement qu’il se rendrait dès que possible dans le pays s’il est élu président de la République« , nous rappelle Aurélien Lechevallier, son conseiller aux affaires internationales.

Ce diplomate, issu de l’École nationale d’administration (ENA) en France, a acquis de l’expérience entre la direction de l’Institut français au Liban et son poste de conseiller à l’ambassade de France aux États-Unis. Il a également été l’envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète, et conseiller diplomatique de la Mairie de Paris. Aurélien Lechevallier explique à Telquel.ma comment Emmanuel Macron voit les relations diplomatiques entre la France et le Maroc.

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Telquel.ma : Pourquoi Emmanuel Macron n’est-il pas venu au Maroc pendant sa campagne ?

Aurélien Lechevallier : Le candidat tenait à se rendre au Maroc lors de la campagne, mais ce projet a été malheureusement remis en cause dans les dernières semaines par de nouvelles contraintes d’agenda, liées notamment à l’organisation des débats. Emmanuel Macron a rencontré les autorités marocaines lorsqu’il s’est rendu à l’inauguration du pavillon du Maroc au Salon du livre, où le Maroc était invité d’honneur. Il a annoncé publiquement qu’il se rendrait dès que possible dans le pays s’il est élu président de la République. Cette visite sera d’autant plus légitime que la mobilisation des comités franco-marocains du mouvement « En Marche ! » pendant la campagne a été extraordinaire.

En quoi Emmanuel Macron pourrait-il être un bon partenaire pour le Maroc ?

Je suis convaincu qu’Emmanuel Macron, si les Français lui font confiance et qu’il devient président de la République, sera un excellent interlocuteur pour le Maroc. Il est parfaitement conscient du développement de ce pays, de la modernisation de son économie. Il pense que le Royaume a un rôle stratégique à jouer dans les relations entre l’Europe et l’Afrique, l’Orient et l’Occident. Il est persuadé qu’un partenariat solide est indispensable entre nos deux pays pour relever un certain nombre de défis, en particulier ceux de la sécurité, de la croissance, de l’emploi et du développement durable.

Que peut apporter le Maroc à la stratégie africaine d’Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron a présenté sa vision d’un partenariat nouveau et ambitieux entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. Pour la réussite de cette initiative, l’implication du Maroc – dans toutes ses composantes – sera absolument déterminante. Le Maroc a vocation à être un pays pivot de cette stratégie, comme la France. L’enjeu est de faire réussir ensemble tous les pays de la région. Comme le Maroc a développé des liens très étroits avec les pays africains, la période est particulièrement propice. Les contacts se poursuivront très rapidement après les élections pour avancer dans cette direction, si Emmanuel Macron est élu.

Le politologue marocain Mustapha Sehimi a anticipé une concurrence économique sur le continent africain entre la France et le Maroc si votre candidat remporte l’élection. Que répondez-vous ?

Le risque de concurrence est élevé si la France et le Maroc s’engagent chacun de leur côté dans leurs projets en Afrique. Cela ne profiterait au final ni à l’un ni à l’autre. La proposition d’Emmanuel Macron est au contraire de travailler ensemble sur le continent, dans un esprit de responsabilité et de coopération, et dans le respect de la souveraineté de nos partenaires. Ensemble, le Maroc et la France peuvent obtenir de grands succès notamment dans le domaine commercial, comme on l’a vu dans le secteur des services ou dans celui de la téléphonie, et demain nous l’espérons dans celui de l’énergie et de l’environnement.

Quelle forme pourrait prendre le partenariat sécuritaire entre la France et le Maroc avec Emmanuel Macron comme président ? 

Le Maroc est concerné en premier chef par les enjeux sécuritaires en Afrique du nord. La France respectera son rôle. Elle travaillera avec les autorités marocaines dans le cadre des accords existants en matière de sécurité, de police et de justice. Notre coopération est déjà très active dans ces domaines et se poursuivra. Nous tenterons également, avec les autres pays de la région, de relancer les initiatives diplomatiques pour renforcer une paix juste et durable, en conformité avec les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Maroc sera un partenaire privilégié de la France dans la région.

Nos pays sont confrontés aux mêmes menaces et doivent être plus que jamais unis. Emmanuel Macron sait ce que le Royaume fait pour lutter contre le terrorisme. Il connaît en particulier l’engagement du roi dans ce combat. Il a en tête son discours historique d’août 2016, salué dans le monde entier, dans lequel il déconstruit l’idéologie jihadiste et appelle à la constitution d’un front commun contre le fanatisme terroriste. Nos deux pays ont vocation à resserrer leurs liens dans ce domaine.

Quelle est la position d’Emmanuel Macron sur la question du Sahara ?

Emmanuel Macron soutient la recherche d’une solution politique juste, durable et mutuellement agréée, sous l’égide des Nations unies et conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Il considère que le plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007 constitue l’une des bases sérieuses et crédibles pour une solution négociée. Nous nous félicitons de l’adoption il y a quelques jours de la résolution du Conseil de sécurité prolongeant le mandat de la Minurso jusqu’au 30 avril 2018. Nous espérons que cette fenêtre d’opportunités sera mise à profit pour avancer vers le règlement de ce dossier. La sécurité, la stabilité et la prospérité de la région ont tout à y gagner.

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Les derniers présidents, notamment François Hollande et Nicolas Sarkozy, ont su tisser des liens avec le Maroc et le roi. Comment Emmanuel Macron compte-t-il se construire un réseau d’influence ?

En réalité, il dispose déjà de nombreux canaux dans tous les secteurs d’activités, de la politique à la culture en passant par l’économie, grâce notamment aux Marocains résidant en France qui sont de véritables traits d’union entre nos deux pays. Une fois élu, Emmanuel Macron aura à cœur de développer de nouveaux relais pour accompagner l’élan, l’ambition qu’il souhaitera donner à la relation franco-marocaine. Mais cela va se faire naturellement.

Il existe entre la France et le Maroc une grande relation de proximité, une amitié qui relève de l’évidence. Et parce que, pour beaucoup de Marocains, j’en ai de multiples témoignages, Emmanuel Macron représente la France qu’ils aiment, la France qu’ils ont envie d’aimer. Les bonnes volontés ne manqueront pas, chez les chefs d’entreprises, les artistes, les hommes politiques, pour aider le futur président et Sa Majesté le roi à adapter au monde qui vient le partenariat d’exception qui existe entre nos pays.

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