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Alzheimer, la maladie oubliée du Maroc

La maladie d'Alzheimer n'épargne pas le Maroc
Alzheimer, la maladie oubliée du Maroc
mai 30
12:41 2017
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Avec l’inauguration le 28 mai du premier centre d’accueil pour les personnes atteintes d’Alzheimer à Rabat, le Maroc fait un premier pas important dans la prise en charge de cette maladie. L'occasion de rattraper un retard d'envergure en la matière. 

Un premier pas de taille. Le 28 mai dernier, le roi Mohammed VI a inauguré à Rabat le chantier d’un centre d’accueil pour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Située dans le quartier d’Ennahda, cette structure financée à hauteur de 7 millions de dirhams par la Fondation Mohammed V pour la solidarité disposera d’un pôle médical et d’un pôle d’accompagnement psychosocial. Un projet d’envergure pour contrer une maladie qui l’est tout autant.

Première cause de démence au monde, la maladie d’Alzheimer se caractérise par une destruction progressive de cellules du cerveau. Au Maroc, 150.000 cas seraient recensés contre 850.000 en France et 7 millions aux États-Unis. "En l’absence de recensement au Maroc, vous pouvez multiplier ce chiffre par trois", nous précise Ahmed Naim, président de l’Association Espoir Maroc Alzheimer.

Si le continent africain semble plus épargné par cette maladie que le reste du monde, la situation reste tout de même préoccupante. Selon l’association Maroc Alzheimer, 30.000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année au Maroc. Un chiffre en constante évolution malgré des progrès dans l'accompagnement des malades. Bien que tardive, cette prise en compte du phénomène est particulièrement appréciée par le secteur associatif et médical. "Il faut maintenant multiplier ces initiatives partout sur le territoire", nous confie encore Ahmed Naim.

Un retard dans les campagnes

Selon l’association Maroc Alzheimer, il n'existerait toujours pas de base de données officielle listant les Marocains souffrant de cette maladie. Une situation qui complique le combat contre Alzheimer. "On recense un nouveau cas d’Alzheimer toutes les 4 secondes dans le monde, et le Maroc n’est pas épargné", déplore Jallal Toufiq, directeur de l’hôpital universitaire psychiatrique Arrazi de Salé.

Première conséquence de ce manque d'information: l’absence de dépistage, et donc de prise en charge. Pour lutter contre ce mal, l’Association Espoir Maroc Alzheimer organise des tournées dépistage en caravane dans les régions reculées.

Nous partons sur la route avec des médecins généralistes et des neurologues. Avec des tests simples, nous arrivons à déceler quelques cas. Alzheimer est encore un phénomène méconnu dans les campagnes ou les régions montagneuses. Le dépistage est pourtant le seul moyen de lutter contre cette maladie en amont.

Ahmed Naim, président de l’Association Espoir Maroc Alzheimer.

Un point de vue partagé par le directeur de l’hôpital universitaire psychiatrique Arrazi qui ouvrira bientôt une structure spécialement dédiée à la prise en charge de ces malades. "Le dépistage est le seul moyen d’éviter que le problème s’aggrave. Un tiers des cas peut être considérablement amélioré avec une bonne hygiène de vie et des activités cognitives régulières", souligne Jallal Toufiq.

" Kherref "

Face aux premiers symptômes, il n’est pas rare d’entendre encore dans de nombreux foyers marocains "Chref ou kherref" ["il a vieilli, et son cerveau s'est ramolli", NDLR]. Une réponse simpliste face aux premiers symptômes de la maladie pourtant alarmants: trous de mémoire, objets oubliés, difficulté à raisonner…

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Si ces signes ne sont pas systématiquement synonymes d’un Alzheimer, les minimiser peut avoir de graves conséquences. "Nous sommes dans un pays sous-médicalisé qui affronte Alzheimer comme une sorte de fatalité. Les familles considèrent parfois qu’il est normal pour une personne âgée de devenir sénile. Ce qui n’est pas toujours le cas", déplore encore Jallal Toufiq.

Face à ces signaux alarmants, c’est bien souvent à la famille du malade de réagir, celui-ci s’enfermant parfois dans une forme de déni. Encore faut-il trouver des tests de dépistages adaptés. Ces derniers étant souvent élaborés selon des critères européens incompatibles avec la culture et la sociologie marocaine.

"Nous manquons de personnel en ce qui concerne les tests psychométriques. Sans compter que ceux-ci ne sont pas toujours adaptés à la langue ni à la culture. On ne peut pas demander à un analphabète de réaliser des exercices mathématiques ou d’orthographe".

Jallal Toufiq

Les campagnes de dépistage de l’Association Maroc Espoir Alzheimer, témoignent des progrès réalisés en matière de dépistage. Seul moyen définitif d’établir un diagnostic : le scanner. Mais ce dernier reste peu accessible, et donc très dissuasif.

Des difficultés pour l’entourage

Selon l’association Alzheimer Maroc, le coût de la prise en charge médicamenteuse (non curative) est de 1.100 dirhams au minimum. Avec un Smig à 2.200 dirhams mensuels, il est difficile pour tous les Marocains d’y accéder.

Au-delà de cet écueil financier, l’investissement physique de l’entourage est aussi source de problèmes. "Deux accompagnants sont nécessaires. Un pour le jour, l’autre pour la nuit", préconise Ahmed Naim. D’où la nécessité de multiplier les centres d’accueil comme celui de Rabat.

Auparavant, la plupart des cas d'Alzheimer sont traités dans des structures inappropriées accueillant des patients souffrant de troubles mentaux divers. Aujourd’hui des initiatives adaptées fleurissent, à l’image du futur centre géré par Jallal Toufiq. "Nous ne traiterons que des cas les plus ingérables pour les familles. Certes, il est toujours préférable que le malade soit entouré par ses proches. Mais pour les comportements les plus difficiles, il est nécessaire d’offrir des soins spécifiques", relève-t-il.

Les conséquences de la maladie d’Alzheimer sont souvent invisibles: malade ostracisé, famille désorientée, difficulté de dialogue… Les réponses ne sont pas toujours médicamenteuses. Pour préserver la paix sociale dans les familles, médecins et spécialistes préconisent une attention maximale. Bienveillance, dialogue et activités intellectuelles deviennent ainsi les meilleurs remèdes. Quand les parents consacrent parfois leur vie à notre bien-être, il est peut-être temps de rendre la pareille.

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