COP22: Donald Trump peut-il (vraiment) menacer l’accord sur le climat ?

Le futur président des États-Unis, première puissance mondiale, est un climato-sceptique. Alors que la COP22 se déroule à Marrakech pour concrétiser l’accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre, les différents acteurs sont inquiets mais ne baissent pas les bras.

Par et

Crédit : Yassine Toumi

Des militants de l’association Les jeunes pour le climat (Youth for climate) présents à la COP22, essentiellement des jeunes, se sont regroupés au milieu du village de la COP22 à Marrakech, le 9 novembre dans l’après midi. Main dans la main, ils ont entonné l’hymne américain pour appeler Donald Trump, le nouveau président américai, réputé climato-sceptique, à œuvrer pour la « justice climatique ». Une jeune fille s’est avancée et a pris la parole : « [Cette élection] nous perturbe, car cela ne concerne pas uniquement notre pays, mais le monde entier », a-t-elle déclaré. La voix tremblante et les yeux humides, une autre ajoute : « On avait préparé toute la nuit une to-do list pour Clinton. Maintenant que Trump a été élu, on sait qu’il ne fera rien. On l’a alors renommée “people’s to-do list”. C’est aux gens de changer les choses à présent. »

Sur le site de la COP22, l’élection d’un président climato-sceptique à la tête du pays qui émet 18 % des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale a plongé les participants américains dans le pessimisme. Pendant la campagne, le candidat populiste avait annoncé son intention « d’annuler » le traité, tout juste entré en vigueur le 4 novembre, expliquant qu’il n’en était « pas un grand fan. »

« Tout le monde est sous le choc » explique, en off, un négociateur de la délégation. Selon lui, Trump peut vraiment faire quitter l’accord de Paris : « La délégation dépend du président. S’il vient nous dire qu’il faut entamer les négociations pour sortir de l’accord de Paris, on n’aura pas le choix. »

Aller au-delà du politique

La communauté internationale reste pour l’instant réservée. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé Donald Trump à lutter contre le changement climatique, alors que ce dernier n’avait pas hésité à qualifier le réchauffement climatique de « canular total ».

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Pour le président de la COP22, Salaheddine Mezouar, la question du changement climatique « transcende la politique ». Il félicite alors Donald Trump, tout en rappelant la « responsabilité partagée de poursuivre les grands progrès réalisés à ce jour (…) et de continuer la discussion et la mobilisation dans un esprit d’inclusivité et de détermination, en particulier avec la nouvelle administration américaine. »

« Je ne suis pas inquiète ! »

La ministre marocaine chargée de l’environnement, Hakima Elhaité, fait bien la différence entre le candidat et le président. « M. Trump président sera tenu par les engagements de son pays, pris par ses prédécesseurs et le sénat », assure-t-elle à Telquel.ma. La ministre rappelle qu’à l’échelle fédérale, « trente États américains sont déjà engagés dans la lutte contre le changement climatique, ainsi que plus de 500 villes ». Avant de conclure : « Je ne suis pas inquiète. »

Les ONG internationales tentent de se rassurer en rappelant des faits essentiels. Ghalia Fayad, directrice des programmes de Green Peace pour la région MENA, rappelle qu’il a fallu 20 ans pour arriver à ce niveau de l’accord climatique. « L’accord de Rio a été ratifié par le sénat américain sous le mandat de Bush et les Etats-Unis ont aussi ratifié l’Accord de Paris », souligne-t-elle. « Donald Trump ne pourra pas avancer sur ses autres dossiers – le terrorisme ou l’économie – s’il essaye de faire marche arrière sur le climat parce que la transition énergétique est déjà lancée. »

Des obstacles politiques et juridiques qui empêchent l’annulation de l’accord 

Ségolène Royal, ministre française de l’environnement et présidente de la COP21, a assuré ce mercredi au micro de la radio française RTL : « Il ne peut pas, contrairement à ce qu’il a dit, dénoncer l’accord de Paris alors que 103 pays l’ont ratifié ». Et d’ajouter : « L’accord de Paris dit lui-même que pendant trois ans on ne peut pas en sortir » a ajouté la ministre. En effet, les pays l’ayant ratifié – dont les États-Unis – ne pourront pas le dénoncer avant quatre ans (dont un de préavis).

Si juridiquement l’accord est protégé, la question politique est toujours en suspens. A contre-courant, Donald Trump veut se focaliser sur les énergies fossiles au lieu des énergies renouvelables. Reste donc à savoir si l’accord climatique restera une coquille vide.

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