Idées

Zakaria Boualem. Le prix de l'indifférence

Zakaria Boualem. Le prix de l'indifférence
octobre 17
09:14 2016
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Salut à vous, les amis. Les élections se sont bien passées, al hamdoullah, et la planète émerveillée a pu constater le fonctionnement exemplaire de notre démocratie en action (que Dieu nous préserve du mauvais œil).

Un chiffre a toutefois attiré l’attention du Boualem, celui de la participation. Figurez-vous qu’à peine 43% des électeurs ont voté. Il est donc question de moins de sept millions de personnes. Les autres s’en foutent un peu, puisqu’ils ne se sont pas déplacés. Ils étaient neuf millions quand même, ce n’est pas rien. A ajouter aux cinq millions qui s’en foutent encore plus, puisqu’ils ne se sont même pas inscrits sur les listes électorales. Ça commence à faire beaucoup. Il reste, donc, encore une fois, à peine sept millions de Marocains héroïques, conscients de leur devoir, qui ont accompli leur mission civique avec abnégation.

Pour être rigoureux, il faudrait également retrancher de ce chiffre ceux qui ont été traînés au bureau de vote par leur moqaddem, menacés par leurs patrons et la masse non négligeable de ceux qui ont dessiné des obscénités sur le bulletin de vote pour exprimer leurs pensées les plus profondes. Il ne faut pas négliger cette dernière catégorie, paraît-il. Au final, on obtient un tout petit chiffre : celui de ceux qui croient au processus électoral, à la politique. Et bien, Zakaria Boualem voudrait les féliciter, un par un, vraiment. Parce que ce n’est pas facile d’y croire. Il est même étonnant d’en trouver autant, de braves citoyens, puisque, contrairement à une idée reçue, tout a été fait pour les dégoûter. Si on voulait en trouver plus, il faudrait songer à réhabiliter la notion de politique, par exemple, et il y a du boulot. Comment peut-on laisser des gens acheter des voix et espérer que des Marocains s’enthousiasment pour ce 3ars dimo9rati ? Comment peut-on payer des figurants pour manifester à la demande et, soudain, demander aux gens d’exprimer leurs convictions intimes ? Comment peut-on encourager les alliances politiques les plus improbables et imaginer que les gens y trouvent du sens ? Comment peut-on passer son temps à nous expliquer que tout ce qui fonctionne dans ce pays est royal, que tout ce qui cloche est l’émanation du peuple, et s’étonner que ce même peuple ait démissionné ? Comment peut-on continuer à parler, à promettre des réformes qu’on n’a jamais vu venir, des tournants historiques qui n’ont servi qu’à faire du surplace, et des plans d’urgence oubliés avec encore plus d’urgence et faire comme si de rien n’était?

Tout cela a un prix, il ne faut pas s’étonner d’avoir à le payer en kilotonnes d’indifférence. En vérité, le Maroc a peu de respect pour le Marocain, il est naturel que ce dernier le lui rende de temps en temps, en se détournant de la chose publique, décrédibilisée, ou mieux, réduite à sa dimension marchande. En fait, c’est un moindre mal. Une partie de Zakaria Boualem combat cet état d’esprit, il a besoin d’espérer. Il se dit qu’il est possible de faire bouger les choses, lentement. Il se refuse un destin de zmagri. Mais une autre partie de Zakaria Boualem se prend dans la figure chaque jour une affreuse réalité, celle de son statut, qui n’a pas bougé depuis des années. Celle du sentiment d’insécurité qui l’entoure. Ne pouvoir compter que sur soi-même pour éduquer ses enfants, les soigner, et angoisser de se trouver à la merci d’un appareil qui, s’il le prend pour cible, peut le briser sans qu’il n’ait le moindre recours. Il guette un signe qui prouvera que le peu de considération dont il jouit va être revu à la hausse, et il ne le voit pas vraiment. Il se protège donc en entrant dans le souk de sa tête, et s’abrutit en regardant une masse absurde de matchs de foot. Voilà pourquoi il a du mal à penser que les responsables du MarocModerne aient une sincère envie de le voir s’impliquer. Certes, les chiffres de la participation sont importants, mais l’obsession du contrôle l’est encore plus. Voilà les deux Zakaria Boualem qui cohabitent à chaque instant dans sa tête. Le premier est plein d’espoir, le second presque nihiliste. Et la lutte est terrible entre les deux.

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