Zakaria Boualem

Zakaria Boualem : "Même si on nous annonçait que l’eau que nous buvons contient du cyanure, nous nous resservirions un verre aussitôt"

Zakaria Boualem : "Même si on nous annonçait que l’eau que nous buvons contient du cyanure, nous nous resservirions un verre aussitôt"
mars 25
09:17 2014
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Zakaria Boualem a une bonne nouvelle pour vous les amis. Il faut l’accueillir avec des festivités populaires, le prix des médicaments va baisser dans quelques semaines. Ou quelques mois, ce n’est pas bien défini. C’est un détail, laissez tomber. Huit cents médicaments sont concernés par cette mesure spectaculaire, c’est magnifique. Le problème, puisqu’il y en a un, c’est que les pharmaciens refusent de réalimenter leur stock en attendant les nouveaux prix. On peut les comprendre, les bougres, ils sont de grands angoissés. Du coup, à part le glorieux Doliprane, qui maintient en vie à lui seul une bonne partie de la population, vous ne trouverez rien à portée de main chez votre pharmacien. Il serait bien entendu de mauvaise foi de faire de ce léger dysfonctionnement une raison de grognement, l’essentiel est que le prix des médicaments baissera en début d’été, tâchez de rester en bonne santé d’ici là, et merci.

La seconde bonne nouvelle, c’est que notre gouvernement se soucie plus que jamais de notre santé. C’est ainsi que le ministre El Ouafa, héros incontestable du Maroc moderne, a récemment expliqué aux Marocains hébétés que le pain à 1,20 DH, c’est-à-dire celui que tout le monde mange, est dangereux pour la santé. Il a précisé dans la foulée que les Marocains souffrent du diabète et du cholestérol, sous-entendant par là même que ce pain maléfique en serait responsable. M. le ministre, que Dieu lui vienne en aide, a précisé pour sa part qu’il se nourrissait de mlaoui, on est content pour lui. Ces propos n’ont pas été tenus dans une réunion privée, volés par quelque téléphone en mode vidéo planqué sous la table. Du tout, il s’est exprimé sur le sujet au parlement marocain, le temple de l’exercice quotidien de la démocratie que le monde nous envie. C’est une information monstrueuse, qui n’a été bien entendu suivie d’aucune mesure pour nous protéger de ce poison. Au contraire, ce pain est subventionné par le même gouvernement. Nous sommes tellement anesthésiés par l’accumulation d’absurdité et par notre impuissance devant l’existant catastrophique que même si on nous annonçait que l’eau que nous buvons contient du cyanure, nous nous resservirions un verre aussitôt. Bon, vous êtes prévenus, Zakaria Boualem a fait son boulot.

Voici le niveau de notre délire national. Attention, on passe à l’international, toujours dans le domaine de la santé publique. L’armée égyptienne a triomphalement annoncé l’invention d’un appareil permettant de guérir du sida et de l’hépatite C. Zakaria Boualem, en 13 ans d’expression libre, a souvent écrit des choses stupides, mais il ne se rappelle pas en avoir produit une de cet acabit. Au moment où les labos du monde entier cherchent, l’armée égyptienne, entre deux coups d’Etat, a trouvé. C’est formidable. L’appareil en question a un côté un peu vintage, on dirait qu’il a été piqué dans les accessoires d’Austin Powers. On ne connaîtra pas le secret de cette puissante invention, que l’humanité doit au Dr Abdelaati, retenez son nom s’il vous plaît. Il semble donc que les Egyptiens soient décidés à rester en tête du monde arabe en termes de production de fiction, c’est une bonne nouvelle. Le malaise vient du fait que nous sommes dans une partie du monde qui avance à deux vitesses. On dit deux pour aller vite, c’est en fait plus compliqué. Il y a des gens qui se documentent, qui essayent de comprendre ce qui les entoure, et ils sont de plus en plus nombreux. Et il y a des crocodiles qui sont convaincus qu’on peut expliquer aux gens qu’on va les guérir du sida sans douter un instant qu’ils seront applaudis. Des gens qui prennent les autres pour des idiots. Malheureusement, il se trouve que c’est cette catégorie qui est aux commandes, on ne sait pas trop pourquoi. Nous faisons partie d’une région du monde où la raison n’a pas encore arraché ses droits, elle est en quelque sorte opprimée. Bafouée, piétinée, réduite au silence, elle souffre en attendant de prendre le pouvoir, et pourtant elle seule peut nous sortir des ténèbres.

C’est tout, et merci. 

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