L’industrie du gaming est devenue la première industrie culturelle et créative au monde, dépassant le cinéma et la musique. Comment envisagez-vous de positionner le Maroc non seulement comme consommateur, mais comme créateur et exportateur de contenus gaming qui portent notre identité culturelle à l’international ?
C’est une réalité incontestable, l’industrie du gaming est aujourd’hui la première industrie culturelle et créative au monde. Face à cette réalité, notre ambition est claire : le Maroc ne sera pas uniquement un marché de consommation, mais un pays de création, de production et d’export de contenus vidéoludiques.
Cette ambition s’inscrit dans le contexte plus général d’émergence du Maroc. Sous la Haute Direction de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, l’essor du Maroc se déploie dans un sens global qui accorde, à côté de la croissance économique, une grande place au capital humain, au lien social et à l’inclusion socioculturelle et territoriale. Dans cette vision royale, la culture, le patrimoine et la créativité deviennent des tremplins du développement.
“ En l’espace de quelques années, nous avons assisté à une accélération sans précédent de l’écosystème du gaming : passage d’une dizaine de startups structurées à plus de 100 aujourd’hui, accompagnement de plus de 50 porteurs de projets”
Les Industries culturelles et créatives s’inscrivent naturellement dans ce paysage. Et l’industrie du jeu vidéo est le fer de lance de cette démarche. C’est dans ce sillage que nous avons engagé, depuis 2021, une transformation profonde, fondée sur une approche intégrée combinant formation des talents, incubation des projets, mobilisation de l’investissement et rayonnement international. L’objectif est de positionner durablement le Maroc comme un acteur crédible et compétitif dans un marché mondial de près de 300 milliards de dollars.
Les résultats sont déjà visibles et concrets. En l’espace de quelques années, nous avons assisté à une accélération sans précédent de l’écosystème : passage d’une dizaine de startups structurées à plus de 100 aujourd’hui, accompagnement de plus de 50 porteurs de projets, et création de plus de 2000 emplois directs.
Cette dynamique a trouvé une traduction forte sur le terrain avec le lancement de la Morocco Gaming Expo, dont la première édition en 2024 a marqué un tournant, et dont la deuxième édition en 2025 a confirmé le positionnement du Maroc sur la scène internationale : plus de 70 000 visiteurs, 100 exposants locaux, plus de 60 experts internationaux et plus de 30 investisseurs issus de 18 pays. Ces chiffres ne sont pas seulement des indicateurs, ils traduisent une réalité nouvelle, celle d’un écosystème marocain qui se structure, qui attire et qui commence à compter à l’échelle internationale.
Mais au-delà des infrastructures et des chiffres, notre véritable force réside dans notre capital humain et culturel. Le Maroc dispose d’une jeunesse créative, connectée et talentueuse, ainsi que d’un patrimoine culturel exceptionnel. Notre ambition est précisément de transformer cette richesse culturelle en univers narratifs puissants, en expériences interactives, en contenus exportables. Le jeu vidéo devient ainsi un vecteur stratégique de rayonnement culturel, de soft power et de création de valeur. En somme, nous sommes en train de faire émerger un nouveau positionnement pour le Maroc : celui d’un pays qui ne consomme plus seulement des histoires, mais qui les crée et les partage avec le monde.
La jeunesse marocaine représente une part importante de la population et les compétences en gaming ouvrent des perspectives d’emplois qualifiés. Quels leviers institutionnels le ministère compte-t-il activer pour transformer cette passion des jeunes en véritable filière professionnelle structurée ?
Le Maroc dispose d’un avantage stratégique majeur : une jeunesse connectée et profondément engagée dans les usages numériques, qui représente plus de 30% de la population nationale. Aujourd’hui, des millions de jeunes Marocains pratiquent le jeu vidéo et développent, souvent de manière autodidacte, des compétences réelles en programmation, design ou création digitale. Notre responsabilité est de transformer cette passion en opportunité économique, et cette énergie en filière professionnelle structurée.
Pour y parvenir, nous avons activé plusieurs leviers institutionnels complémentaires. D’abord, la structuration d’une offre de formation nationale cohérente et anticipative. En partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur et l’OFPPT, nous avons engagé un effort inédit pour aligner les compétences sur les besoins du marché. Plus d’une quinzaine de filières spécialisées accréditées dès l’année universitaire 2025–2026 dans les établissements universitaires publics et privés.
Nous avons un objectif ambitieux de 10.000 talents formés à l’horizon 2030, dont 6000 diplômés et 4000 profils issus de formations professionnelles qualifiantes. L’enjeu est de garantir aux investisseurs un vivier de compétences immédiatement opérationnelles, et aux jeunes, un accès concret à des carrières d’avenir.

Ensuite, nous avons renforcé l’accompagnement des talents et l’entrepreneuriat. À travers nos programmes d’incubation et d’appui, nous permettons à de jeunes développeurs de passer de l’idée au marché, en transformant leurs projets en startups viables et créatrices de valeur.
“Le gaming est un véritable levier d’employabilité, d’innovation et d’ascension sociale”
Parallèlement, nous avons lancé des initiatives structurantes à fort impact, notamment le programme Gamification Lab, mis en place en 2025 en partenariat avec la CDG. Ce programme marque une évolution stratégique majeure qui consiste à connecter directement les startups gaming aux besoins des politiques publiques et des grands secteurs économiques (éducation, santé, culture, tourisme, emploi). Il permet ainsi de positionner le gaming comme un outil d’innovation au service de l’intérêt général. Enfin, des événements structurants comme la Morocco Gaming Expo, qui jouent un rôle clé pour connecter les jeunes talents aux professionnels, leur faciliter l’accès aux éditeurs et investisseurs et donner une visibilité internationale aux créations marocaines. Notre approche est globale et cohérente : former, accompagner, connecter et insérer.
Aujourd’hui, le gaming n’est plus seulement un loisir pour notre jeunesse, il devient un véritable levier d’employabilité, d’innovation et d’ascension sociale. Et notre ambition est sans équivoque : faire émerger une génération de créateurs, d’entrepreneurs et d’experts marocains capables de s’imposer dans l’industrie mondiale du gaming.
Le développement de l’industrie du gaming nécessite une approche interministérielle (culture, enseignement supérieur, investissement, transition numérique…). Comment le ministère coordonne-t-il cette vision transversale pour créer un véritable environnement favorable à l’émergence de studios marocains compétitifs ?
Le développement de l’industrie du gaming ne peut pas être porté par un seul acteur, c’est un chantier national, transversal, qui mobilise plusieurs politiques publiques à la fois, culture, formation, investissement, innovation et économie numérique. Face à cet enjeu, nous avons fait un choix de mettre en place une gouvernance intégrée, lisible et orientée vers l’efficacité. Le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication assure un rôle central de pilotage stratégique. Il définit la vision, coordonne l’action publique et garantit la cohérence d’ensemble. Il agit également comme point d’entrée institutionnel unique pour les investisseurs, ce qui est essentiel pour simplifier et sécuriser leurs démarches.
Autour de ce pilotage, nous avons structuré une chaîne d’intervention complète. L’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) accompagne activement les investisseurs internationaux, en leur offrant un appui opérationnel, du conseil stratégique et une orientation ciblée vers les opportunités du secteur. Les Centres régionaux d’investissement jouent un rôle clé au niveau territorial, en tant que guichets uniques, facilitant l’implantation des entreprises et leur intégration dans les écosystèmes locaux. Cette organisation permet aujourd’hui d’offrir aux investisseurs et aux entrepreneurs un parcours fluide, coordonné et sécurisé, depuis l’idée jusqu’à l’implantation et au développement.
“Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans une phase d’expérimentation, (nous avons) un objectif assumé : faire du Maroc un hub régional de l’industrie du gaming en Afrique et dans la région MENA”
Mais au-delà des structures, ce qui fait la différence, c’est la vision systémique que nous avons mise en place. Nous avons construit un écosystème autour de quatre piliers fondamentaux et complémentaires : les talents, avec une stratégie ambitieuse de formation et de développement des compétences ; les studios, en soutenant l’entrepreneuriat et la création ; les financements, en mobilisant des mécanismes publics et privés adaptés ; et l’accès aux marchés, en accompagnant l’internationalisation des acteurs marocains.
Cette approche intégrée nous permet de dépasser une logique fragmentée pour construire une véritable chaîne de valeur nationale de l’industrie du gaming. Notre ambition est de créer un environnement suffisamment structuré, attractif et compétitif pour faire émerger des studios marocains capables de rivaliser à l’échelle internationale. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans une phase d’expérimentation, nous sommes dans une phase d’accélération et de positionnement stratégique, avec un objectif assumé : faire du Maroc un hub régional de l’industrie du gaming en Afrique et dans la région MENA.
Ainsi, en l’espace de cinq ans, nous avons fait bien plus que lancer une dynamique. Nous avons posé les fondations solides d’une industrie d’avenir au Maroc. Les résultats sont tangibles : des talents formés, des startups créées, une attractivité internationale en forte progression. Mais au-delà des chiffres, l’essentiel est ailleurs : nous avons enclenché une transformation profonde et irréversible, celle d’un Maroc qui ne se contente plus de consommer, mais qui crée, produit et exporte de la valeur culturelle et technologique.
L’industrie du gaming est aujourd’hui un choix stratégique. Un choix pour notre jeunesse, à qui nous offrons de nouvelles perspectives. Un choix pour notre économie, que nous diversifions vers des secteurs à forte valeur ajoutée. Et un choix pour le rayonnement du Royaume, à travers une nouvelle forme d’influence culturelle et créative.
Le Maroc est en train de prendre toute sa place dans une industrie mondiale. Et ce mouvement ne fait que commencer.
