À quelques minutes de Rabat, la route s’enfonce dans la forêt avant de déboucher sur un portail discret. Derrière, près de trente hectares où s’écrivent chaque jour les pages d’un même livre : celui du football marocain.
Inauguré en 2019, le Complexe Mohammed VI s’impose comme l’un des centres les plus aboutis du continent. On y trouve quatre terrains en gazon naturel, trois en synthétique, un autre hybride, et même un terrain couvert pour le futsal. Tout est pensé pour servir la performance : hébergements modernes, espaces de récupération, salles de conférence et de visionnage, restaurant diététique, centre médical de pointe…
Un bijou technologique où toutes les équipes se croisent
Mais ce qui fait la force du lieu, c’est la cohabitation. L’équipe A partage le même espace que les U17, les U23, les Lionnes de l’Atlas ou encore les champions de futsal. Dans les couloirs, les jeunes saluent leurs modèles ; les anciens retrouvent ce parfum de leurs débuts.
Cette proximité, voulue par la Fédération Royale Marocaine de Football, n’a rien d’un hasard : elle nourrit une culture commune, un sentiment d’appartenance, et rappelle que tous, du plus jeune au plus capé, portent la même étoile sur la poitrine.
Le Complexe n’a rien à envier aux références mondiales : Clairefontaine en France ou St George’s Park en Angleterre, les infrastructures de Maâmora rivalisent avec ces modèles — et parfois les dépassent — tant le souci du détail est omniprésent.
Le centre médical, notamment, impressionne : cryothérapie, salle d’analyse biomécanique, suivi nutritionnel, récupération post-effort… Chaque joueur, chaque joueuse, bénéficie d’un encadrement individualisé. Le Maroc a compris qu’à ce niveau, la victoire se prépare dans le silence des laboratoires autant que sur la pelouse.
Des résultats à la hauteur de l’ambition
Depuis l’inauguration de Maâmora, le Maroc vit sans doute la plus belle période de son histoire footballistique. Demi-finaliste du Mondial 2022, qualifié pour toutes les Coupes du Monde de jeunes, vainqueur de la CAN U23, champion arabe et africain de futsal, médaillé de bronze aux JO de Paris, pionnier du football féminin en Afrique. Derrière ces succès, il y a évidemment le talent, la rigueur, mais aussi les conditions : des stages cohérents, des cycles de récupération optimisés, une logistique maîtrisée.

Le Complexe Mohammed VI agit comme un socle invisible. Il permet aux staffs techniques de travailler dans la durée, d’observer, de former, de bâtir des passerelles entre générations. C’est ici qu’on évalue les jeunes, qu’on prépare les rassemblements, qu’on pense le football de demain.
Le futsal, par exemple, y a trouvé une maison : son terrain couvert, ses séances spécifiques, son staff permanent. Idem pour les Lionnes, qui disposent désormais des mêmes infrastructures que leurs homologues masculins. Une égalité d’accès longtemps espérée, aujourd’hui concrète.
Maâmora n’est pas qu’un centre de performance, c’est aussi un lieu de savoir. Les salles de conférence et de projection sont utilisées par les sélectionneurs pour décortiquer les matchs, mais aussi par les arbitres, les préparateurs, les formateurs. Des séminaires s’y tiennent régulièrement : sur la tactique, la psychologie du sport, la nutrition, l’analyse vidéo. Le football y est traité comme une discipline à part entière, avec sa pédagogie, sa recherche et ses méthodes.
La vision royale qui a présidé à sa création plaçait d’ailleurs la formation et la science au cœur du projet, un héritage que prolonge aujourd’hui l’Académie Mohammed VI de Salé, véritable matrice du football marocain.
Un symbole de modernité et de continuité
Avec le Complexe Mohammed VI, le Maroc a franchi un cap. Ce n’est plus seulement un pays de passion, c’est un pays de structure. Le Complexe complète l’écosystème bâti ces dernières années : académies régionales, rénovation des stades, professionnalisation des staffs, politique de détection dans les régions et à l’étranger. Le tout forme un continuum : des premiers pas à l’Académie jusqu’à la dernière causerie au Complexe.
Et ce continuum est visible : un jeune milieu de terrain des U17 peut croiser Ounahi à la salle de gym, ou apercevoir Hakimi en séance de cryo. Ces instants, simples mais symboliques, façonnent une génération : ils prouvent que la réussite est possible, qu’elle se construit ici, au pays.
Le Maroc n’a pas seulement bâti un complexe sportif, il a surtout confirmé son intention de devenir un modèle, à l’heure où le pays s’apprête à accueillir la CAN 2025 puis la Coupe du Monde 2030.
