Achraf Hakimi et Ghizlane Chebbak avec leur prix de meilleur joueur de l'année. Crédit: Rachid Tniouni/TelQuel

CAF Awards 2025 : le Maroc rafle tout, et valide enfin son modèle

À quelques semaines d’une CAN annoncée comme la plus ambitieuse jamais organisée, le Maroc signe une édition historique des CAF Awards 2025. Des distinctions individuelles aux sacres collectifs, le royaume rafle tout et confirme un modèle patiemment bâti, fruit d’une vision royale et d’une stratégie fédérale assumée. 

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Pendant longtemps, les CAF Awards ont laissé au Maroc comme un arrière-goût d’inachevé. Après la Coupe du Monde 2022 au Qatar, moment historique, matrice de fierté et de rupture, beaucoup s’attendaient à voir les Lions de l’Atlas repartir avec toutes les distinctions. Ce ne fut pas le cas. La sélection avait fait trembler la planète football, mais la cérémonie qui suivit avait laissé le royaume sur sa faim, surtout quand le Ballon d’or africain n’est pas revenu à un Lion de l’Atlas.

Deux ans plus tard, ce sentiment appartient au passé. Le Maroc vient de réaliser aux CAF Awards 2025 une razzia inédite, presque insolente, qui dépasse le simple tableau des vainqueurs : elle consacre un modèle patiemment bâti, consolidé, assumé.

Une édition au parfum de confirmation

Le trophée suprême est allé à Achraf Hakimi, consacré Meilleur joueur africain de l’année. Un sacre attendu mais néanmoins puissant, tant l’arrière droit du Paris Saint-Germain incarne ce que la formation et l’encadrement marocains produisent de mieux : discipline, constance, ambition et responsabilité. Deux fois finaliste malheureux par le passé, Hakimi a cette fois-ci reçu la reconnaissance de son continent, porté par une saison exceptionnelle et par une influence qui dépasse largement son poste.

Mais Hakimi n’a pas brillé seul. Ghizlane Chebbak, figure de l’AS FAR avant de rejoindre Al Hilal cette saison suite à une courte expérience en Espagne, est devenue, à l’issue de la soirée, la première femme marocaine à remporter un Ballon d’or. Un moment d’émotion pour l’idole d’une génération.

Doha Madani, pépite de l’AS FAR, a été sacrée Meilleure jeune joueuse africaine. Mohamed Ouahbi est l’unique oublié de la soirée. C’est Bubista, le sélectionneur Capverdien, qui a remporté la distinction de meilleur coach de l’année. Yassine Bounou, valeur sûre et visage d’une génération dorée, a remporté le titre de Meilleur gardien.

Les Lions de l’Atlas U20 champions du Monde ont été désignés Meilleure sélection masculine de l’année. Elu Meilleur joueur de la compétition, Othmane Maamma a également remporté le titre de Meilleur jeune joueur africain de l’année. Une série de distinctions qui composent un tout cohérent : celui d’un pays qui a cessé de progresser par soubresauts, et qui avance désormais par stratégie.

Le gardien de but de la sélection marocaine et d’Al Hilal d’Arabie Saoudite, Yassine Bounou, a été élu meilleur gardien de but en Afrique au titre de l’année 2025. Il était en concurrence avec son compatriote Munir Mohamedi et le Sud-africain Ronwen Williams.Crédit: DR

 

Le produit d’une vision 

Derrière cette moisson, il y a un ordre, une méthode. Rien de ce qui est célébré aujourd’hui n’est arrivé par hasard ou par fulgurance individuelle. Depuis plus de quinze ans, le football marocain évolue à l’intérieur d’un écosystème pensé au plus haut niveau, sous l’impulsion de Sa Majesté le roi Mohammed VI.

L’Académie Mohammed VI est devenue une référence. Les investissements lourds dans les infrastructures font écho à un développement à vitesse grand V. Tout cela relève d’un projet global qui considère le football comme un levier de développement et de rayonnement.

Cette vision a trouvé son prolongement opérationnel dans l’action déterminée de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF). En modernisant ses structures, en installant une culture de la performance, en intensifiant le travail de prospection auprès des binationaux, en professionnalisant les staffs techniques et médicaux, et en imposant l’idée qu’aucune catégorie n’est moins importante qu’une autre, la FRMF a préparé le terrain. Les succès ne sont plus des accidents, ils s’additionnent.

Les CAF Awards 2025 ne célèbrent donc pas une génération, mais un modèle. Un modèle qui a accepté ses échecs, corrigé ses angles morts, et construit sur la durée. Celui d’un pays qui s’est donné les moyens de rivaliser avec les meilleures nations du football mondial, et pas seulement africain.

Un signal fort

Le contraste avec la période post-Mondial 2022 est frappant. À l’époque, l’émotion était immense, mais la traduction institutionnelle avait manqué de force. Beaucoup de Marocains avaient perçu cette absence de reconnaissance comme une injustice symbolique, presque comme une dissonance entre le terrain et le discours. D’où l’importance de cette édition 2025 : elle efface les cicatrices, elle rend justice à un effort collectif, elle rétablit une forme de cohérence entre la scène sportive et la scène institutionnelle.

À quelques semaines de la CAN 2025, que le Maroc s’apprête à organiser sur neuf stades répartis dans six villes, cette moisson tombe à point nommé. Elle installe le pays dans une dynamique positive, renforce la confiance d’un public exigeant, et envoie au continent un message clair : le Maroc accueille, mais le Maroc n’est plus seulement un hôte. Il est une force, un projet, une référence.

Cette CAN, la première de cette ampleur logistique et sportive, sera scrutée. Elle devra concilier les attentes nationales, les exigences internationales, et l’envie d’un peuple qui rêve d’un titre qu’il attend depuis 1976. Mais elle s’appuiera sur un socle solide : des infrastructures au niveau mondial, une organisation calibrée, un réservoir de talents qui continue de s’élargir, et une reconnaissance continentale fraîchement consolidée.

Si cette édition des CAF Awards restera dans l’histoire, ce n’est pas uniquement pour le nombre de trophées ramenés. C’est parce qu’elle confirme une transformation profonde. Le Maroc n’est plus ce pays qui espère un exploit tous les dix ans. Il est devenu un pays qui fabrique des succès, qui les structure, qui les alimente. Les individualités brillent parce que le collectif existe. Les récompenses arrivent parce que le système fonctionne. Et les ambitions grandissent parce que les bases sont solides.