Fouzi Lekjaa se confie : football, CAN, Mondial 2030 et développement

Dans un long entretien accordé au podcast Maghreb, enregistré au Complexe Mohammed VI de football à Rabat à la veille du départ de la sélection pour les États-Unis, le président de la FRMF a abordé sans détour les grands dossiers du football marocain.

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Le Complexe Mohammed VI, « centre névralgique » du football national

C’est depuis ce complexe que l’équipe nationale a décollé pour les États-Unis. Fouzi Lekjaa en a profité pour en dresser un tableau complet : 25 sélections nationales toutes catégories confondues — hommes, femmes, futsal, beach soccer —, des terrains d’entraînement, un hébergement permanent, et les bureaux de la Direction Technique Nationale. Une clinique sportive spécialisée, développée en partenariat avec la Fondation Mohammed VI pour la Santé, doit ouvrir dans moins d’un mois.

Une stratégie tracée depuis 2008

Pour Lekjaa, le succès du football marocain n’est pas le fruit du hasard. Il le rattache directement aux Assises Nationales du Sport de 2008, lors desquelles le Roi Mohammed VI a fixé une feuille de route détaillée. La première concrétisation a été la création de l’Académie Mohammed VI de Football en 2010. « L’académie nous a donné les joueurs avec lesquels nous avons participé au Qatar — Nayef Aguerd , Ounahi et d’autres », rappelle-t-il.

« Influence » au CAF et à la FIFA : Lekjaa démonte le mythe

Face aux accusations récurrentes de mainmise sur les institutions africaines du football, Lekjaa oppose des chiffres. « Nous n’avons pas un seul employé marocain au CAF. Nous ne présidons aucun comité — pas les compétitions, pas la discipline, pas l’appel, pas les sélections. » La seule présidence marocaine est celle du Comité des Finances, attribuée « en raison de mon profil professionnel dans ce secteur ». Il ajoute que toutes les décisions du bureau exécutif du CAF sont prises à l’unanimité. En contrepartie, le Maroc organise les compétitions que personne d’autre ne veut accueillir — la CAN féminine pour la troisième fois, la CAN U17 récemment tenue dans ce même complexe.

1998 et 2010 : les deux plaies

Lekjaa revient sur les candidatures avortées. Pour 1998, il rappelle que la Coupe du monde accordée à la France s’est jouée à un seul vote près. Pour 2010, il est plus tranchant : « Je qualifie ça de farce. Avec tout le respect que j’ai pour la FIFA, ça lui a fait beaucoup de mal. » Il n’entre pas dans le détail des coulisses, mais assure que « les changements de situation se sont produits de façon anormale et incompréhensible » et que « ceux qui ont fait ça, leur sort était connu ».

CAN 2025 : la vérité sur la crise sénégalaise

Sur l’incident en finale, Lekjaa reconstitue la chronologie avec précision. Tout a commencé quand la Fédération sénégalaise a diffusé publiquement l’heure d’arrivée de ses joueurs à la gare de Rabat, provoquant un afflux de supporters — « c’est vous qui avez fait ce communiqué, vous avez dit aux gens que les Sénégalais arriveraient à 17h ». L’hôtel initialement assigné n’a pas convenu, un autre a été choisi sans problème. Quant au terrain d’entraînement situé à proximité du complexe , le Sénégal en a finalement sélectionné un autre à Rabat. Sur les billets, Lekjaa affirme avoir personnellement fourni des places VIP et une enveloppe de la quote-part de 5%.
Selon Lekjaa, les différents différends logistiques avaient été résolus avant la finale.  Ce qui a dégénéré, c’est la réaction de l’entraîneur sénégalais après le penalty accordé au Maroc. « Si les Marocains trichaient, pourquoi on n’a pas gagné à la 14e minute ? Pourquoi le Sénégal n’a pas marqué ses deux ou trois occasions ? » Il propose d’ailleurs de soumettre ce penalty à une commission internationale d’arbitrage.

Mondial 2030 : la finale, un objectif mais pas une certitude

L’attribution des matchs entre le Maroc, l’Espagne et le Portugal n’est pas encore arrêtée. La FIFA tranchera avant la fin de l’année, sur la base d’une évaluation technique des stades et des villes candidates. Lekjaa confirme que chaque pays a soumis ses propositions, et que l’ambition d’accueillir la finale est partagée par les trois. « C’est une compétition loyale. »

Binationaux : le projet sportif, pas l’argent

Sur le recrutement des joueurs à double nationalité, Lekjaa est direct : « Quel argument financier voulez-vous avancer à Hakimi ? À Diaz ? À Mazraoui qui joue à Manchester United ? » Pour les joueurs à ce niveau, les primes ne pèsent pas dans la balance. Ce qui convainc, c’est d’abord le projet sportif — jouer régulièrement en CAN et en Coupe du monde —, ensuite les conditions de travail lors des rassemblements, et enfin le lien familial. « Cinq millions de Marocains vivent à l’étranger.» Il confirme que lors du départ pour les États-Unis, aucun joueur n’a évoqué les primes avec lui.

Chef du gouvernement du Mondial ? « Seul Dieu sait »

À la question de savoir s’il ambitionne de devenir chef du gouvernement lors de la Coupe du monde 2030, comme le spéculent certains médias, Lekjaa répond sobrement : « Je n’en sais rien. Je suis de ceux qui disent que l’avenir n’appartient qu’à Dieu. »