Aujourd’hui, nous vivons un grand changement de la carte géographique du terrorisme. La menace terroriste est devenue plus complexe que par le passé, mais plus facile à détecter”, admet d’entrée de jeu Cherkaoui Habboub qui explique que l’évaluation de la situation actuelle des défis terroristes au Maroc passe par l’analyse des données en général et des données numériques en particulier.
Il s’agit du suivi des activités suspectes sur l’espace électronique et en même temps du travail de terrain, de l’opérationnel et de la coordination sécuritaire commune dans le cadre du partenariat international.
“Le Maroc et la DGST travaillent en étroite coordination avec tous nos partenaires, que ce soit avec les Etats-Unis, les pays arabes et africains ou encore les partenaires européens”, poursuit le responsable sécuritaire.
Pour en revenir aux menaces terroristes, Cherkaoui Habboub cite en premier lieu la région du Sahel, le terrorisme électronique, le retour des Marocains partis combattre dans des zones de conflits, et les loups solitaires.
En plus de cela, le patron du BCIJ indique que ses services analysent aussi des indicateurs et des facteurs qui favorisent une radicalisation express des mineurs. “Actuellement, les organisations terroristes recourent en premier lieu à l’espace électronique, aux plateformes et aux réseaux sociaux”, indique-t-il.
Radicalisation express des mineurs
“Dans toutes les affaires traitées (par le BCIJ) et parmi les personnes déférées devant la justice, on trouve toujours des mineurs de moins de 18 ans”, poursuit Cherkaoui Habboub qui relève que la majorité des prévenus sont âgés entre 18 et 30 ans, avec de rares cas de prévenus âgés de plus de 40 ans.
Avec un niveau scolaire très bas, les prévenus exercent généralement de simples métiers, comme par le passé quand le Maroc avait commencé à démanteler des cellules terroristes juste avant les attentats du 16 mai 2003.
Interrogé sur le nombre estimé de Marocains qui combattent dans les rangs d’organisations terroristes en Afrique, Cherkaoui Habboub affirme qu’ils sont au nombre de 130, basés surtout en Somalie dans la région de Puntland.
Terrorisme et séparatisme
Le patron du BCIJ n’a pas manqué de faire, une nouvelle fois, le lien entre les mouvances terroristes et les mouvements séparatistes. “Le séparatisme nourrit le terrorisme et vice-versa. Ce sont deux facettes d’une même pièce comme cela a été relevé lors de la réunion ministérielle anti-Daech organisée à Marrakech en mai 2022”, rappelle le responsable sécuritaire, qui affirme que “l’axe de Tindouf” représente de sérieuses menaces pour les pays de la région à cause, entre autres, de frontières sans réel contrôle.
“Nous avons recensé près de 100 membres du Polisario qui ont rallié des organisations terroristes actives dans la région et surtout AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique, ndlr)”, révèle Cherkaoui Habboub pour qui le financement de ces organisations n’a pas trop changé : des contributions individuelles pour financer des voyages en Syrie via la Turquie, l’Ethiopie ou le Mali. Le financement peut également provenir de l’étranger sous forme de virements effectués par des dirigeants exerçant des activités commerciales ou disposant de confortables épargnes.
Selon le patron du BCIJ, les organisations terroristes recourent aussi et toujours à “Al-Istihlal wal Faye” (théorie qui légitimise des activités illicites pour financer des actes terroristes) en attaquant des agences bancaires ou des services de transfert de fonds, voire le vol de bétail comme cela a été le cas avec une cellule démantelée dernièrement au Maroc.
Lors de cette interview, Cherkaoui Habboub a fait un rappel de tous les mécanismes de coopération internationale, multilatérale ou bilatérale, dans lesquels s’engage le Maroc avec une implication directe et de tous les jours de Abdellatif Hammouchi, directeur du pôle DGSN-DGST.
