Dans un long message sur sa plateforme Truth Social, le président américain a énuméré les pays avec les dirigeants desquels il a parlé samedi dans le cadre des discussions pour mettre fin à la guerre avec l’Iran : « J’ai déclaré qu’après tout le travail effectué par les Etats-Unis pour tenter de résoudre cette situation très complexe, tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d’Abraham ».
Signés en 2020 et parrainés par Donald Trump lors de son premier mandat, ces accords d’Abraham ont mené à la normalisation des relations entre Israël et des pays arabes : les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Le Kazakhstan a annoncé en novembre 2025 vouloir signer.
Mais nombre d’Etats ont jusqu’ici refusé de se joindre à ce processus, en particulier l’Arabie saoudite.
Avec la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza suite à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, Ryad a écarté toute normalisation avec Israël sans la création d’un Etat palestinien souverain et viable. Un projet auquel s’oppose le gouvernement du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.
De son côté, le Qatar a joué un rôle de médiateur entre Israël et le Hamas sur Gaza, et Doha accueille depuis 2012 la direction politique du mouvement islamiste palestinien. Mais les frappes inédites d’Israël, début septembre 2025, contre des responsables du Hamas à Doha, avaient ulcéré ce petit pays du Golfe.
« Mauvaises intentions »
« Il me semble hautement improbable de voir à court terme un quelconque élargissement de ces accords », a estimé auprès de l’AFP Aaron David Miller, ancien diplomate américain et chercheur au cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.
Il dit ainsi « avoir du mal à prendre au sérieux cette requête » de Donald Trump, soulignant que le président américain l’avait déjà formulée dans le sillage de l’accord sur Gaza en octobre 2025.
Dimanche déjà, alors que des responsables américains et iraniens faisaient état d’une percée dans les discussions pour trouver un accord mettant fin à la guerre, Donald Trump appelait à « ne pas se précipiter pour conclure un accord » avec Téhéran.
Le président américain écrit lundi que ce processus de reconnaissance de l’Etat israélien « devrait commencer par la signature immédiate de l’Arabie saoudite et du Qatar, et tous les autres devraient suivre. » « S’ils ne le font pas, ils ne devraient pas faire partie de cet accord (avec l’Iran), car cela révèle de mauvaises intentions », a écrit le président américain. Les accords d’Abraham, assure-t-il, « se sont révélés être, pour les pays impliqués, » à l’origine d’un « boom financier, économique et social, même en ces temps de guerre et de conflit. »
Les Emirats arabes unis, signataires des accords en 2020, ont toutefois été une cible privilégiée de l’Iran depuis le début de la guerre le 28 février.
Pour Aaron David Miller, le « modèle supposé de Dubaï, qui repose sur une certaine sécurité et stabilité, est désormais susceptible d’être remis en question ». Ce qui rendrait d’autant plus improbable que d’autres Etats du Golfe suivent l’exemple émirati et signent les accords d’Abraham.
« Les Saoudiens ne vont pas rejoindre les accords d’Abraham. La rivalité entre l’Arabie saoudite et les Emirats empêche cela », affirme en outre le chercheur, qui souligne que Ryad cherche à obtenir un accord séparé avec Washington.
Donald Trump est même allé lundi jusqu’à évoquer une signature par l’Iran des accords d’Abraham, estimant que « Wow, ça serait franchement quelque chose ! », passant outre le fait que les deux pays sont ennemis jurés depuis des décennies.
