Sous les lambris d’une Marrakech au printemps, quelque 1.500 professionnels de l’aviation civile mondiale ont convergé vers la ville ocre pour donner le coup d’envoi de la 5e édition du ICAO Global Implementation Support Symposium (GISS 2026). L’événement, organisé conjointement par le ministère du Transport et de la Logistique et l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), se tient sous le haut patronage du roi Mohammed VI.
La cérémonie d’ouverture, présidée par le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, s’est déroulée en présence du président de l’OACI, Toshiyuki Onuma, ainsi que d’une quarantaine de ministres étrangers en charge de l’aviation civile et des directeurs généraux de l’aviation civile de plus de 80 pays. Un aréopage de décideurs qui donne la mesure de l’enjeu : rarement un symposium de ce type avait mobilisé une représentation aussi large, d’après les organisateurs.
Le thème retenu pour cette édition, « Solutions régionales, bénéfices mondiaux », n’est pas qu’un slogan de circonstance. Il traduit, selon le ministère du Transport, une conviction de fond : les défis qui traversent le transport aérien mondial, de la sécurité au financement en passant par les infrastructures, ne peuvent plus se régler en ordre dispersé, mais par une coopération structurée entre États.
Un Maroc en vitrine
Dans son mot d’ouverture, Abdessamad Kayouh a choisi de placer le Maroc au cœur du propos bien au-delà de la posture protocolaire d’un pays hôte. Chiffres à l’appui, il a rappelé que les aéroports du Royaume ont accueilli plus de 36 millions de passagers en 2025, portés en partie par l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025), et que quelque 270.000 mouvements d’aéronefs ont été enregistrés sur l’ensemble des plateformes nationales. Le Maroc dispose aujourd’hui d’une connectivité vers plus de 170 destinations internationales directes, assurées par plus de 70 compagnies aériennes.
Le ministre a également mis en avant le taux de conformité du Royaume aux standards de sécurité de l’OACI : 87% dans le cadre du programme d’audit universel de supervision de la sécurité (USOAP), un indicateur que Kayouh a présenté comme la preuve d’un « cadre réglementaire et d’un modèle de gouvernance efficaces ». Le Maroc n’est pas venu à Marrakech pour recevoir des leçons, mais pour en donner quelques-unes.
Cette posture se reflète également dans les engagements projetés. Le ministre a annoncé lors de la cérémonie le lancement prochain d’un programme de formation ambitieux destiné à renforcer les capacités techniques des personnels de l’aviation civile, non seulement au Maroc, mais à l’échelle des pays membres de l’OACI. Une manière de se positionner comme puissance formatrice régionale dans un secteur en pleine mutation.
L’horizon 2050 en ligne de mire
Au-delà de l’autopromotion nationale, le GISS 2026 s’inscrit dans une projection à long terme sur l’avenir du transport aérien. Dans son discours, Kayouh a rappelé les projections vertigineuses du secteur : le trafic mondial devrait passer de 5 milliards de passagers en 2025 à près de 14 milliards à l’horizon 2050, porté par la montée en puissance des économies émergentes d’Asie-Pacifique, d’Afrique et du Moyen-Orient.
Face à cette croissance anticipée, le Maroc a présenté ses propres feuilles de route. L’Office national des aéroports (ONDA) travaille à doubler la capacité d’accueil nationale, de 40 à 80 millions de passagers par an d’ici 2030. La Royal Air Maroc (RAM), de son côté, vise un quadruplement de sa flotte pour atteindre environ 200 appareils à l’horizon 2037. Des ambitions que le ministre a inscrites dans la perspective de la Coupe du Monde 2030, co-organisée par le Royaume, qui fera office de test grandeur nature.
La dimension environnementale n’a pas été laissée en marge. Kayouh a réaffirmé l’engagement marocain en faveur de la neutralité carbone du secteur à l’horizon 2050, en évoquant les projets de développement de l’hydrogène vert et du carburant d’aviation durable (SAF), domaine dans lequel le Maroc entend tirer parti de ses ressources solaires et éoliennes pour s’imposer comme fournisseur régional.
Panels, signatures, patrouille
La cérémonie d’ouverture a également été l’occasion de signer plusieurs conventions et partenariats portant sur la coopération technique et la mobilisation de financements adaptés. Un show aérien de la Patrouille Marche Verte des Forces Royales Air a ponctué l’événement, suivi de l’inauguration d’un salon d’exposition dédié aux innovations du secteur.
Une table ronde ministérielle à huis clos a réuni les décideurs présents autour des mécanismes de mise en œuvre des normes de l’OACI. Sept panels thématiques sont programmés sur la durée du symposium, couvrant la connectivité aérienne comme levier de croissance économique, la sécurité aérienne, le financement de l’aviation civile, les défis infrastructurels et le développement des ressources humaines. Des enjeux dont les conclusions nourriront, espèrent les organisateurs, les politiques nationales de plus de 130 États membres.
