Les terroirs, pari gagnant du tourisme rural au Maroc

Longtemps relégués au second plan, les terroirs marocains s’imposent aujourd’hui comme un levier stratégique du tourisme national, misant sur l’authenticité, les savoir-faire locaux et la richesse des paysages pour séduire une clientèle en quête de sens et de durabilité.

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Des arganeraies du Sud aux champs de safran de Taliouine, en passant par les vallées du Haut-Atlas, les oasis du Drâa ou les roseraies de Kelaat M’Gouna, le Maroc dispose d’un patrimoine naturel et culturel d’une grande diversité. Ce capital, longtemps sous-exploité, tend désormais à être structuré dans une offre touristique ancrée dans les spécificités locales.

Les produits du terroir jouent un rôle central dans cette dynamique. Huile d’argan, safran, miel d’Euphorbe, dattes Majhoul ou encore produits dérivés de la rose constituent autant de vecteurs d’attractivité. Au-delà de leur valeur marchande, ils permettent de relier les visiteurs à des savoir-faire traditionnels et à des modes de vie spécifiques, contribuant ainsi à une expérience touristique plus immersive.

Cette valorisation s’appuie également sur un patrimoine bâti et immatériel riche : kasbahs, ksour, greniers collectifs, mais aussi traditions culinaires, pratiques agricoles et expressions artistiques. Autant d’éléments qui répondent à une demande croissante pour un tourisme expérientiel, axé sur la découverte et le sens.

Pour Zoubir Chattou, sociologue et anthropologue, cette dynamique s’explique aussi par les atouts naturels du Royaume. Le Maroc se distingue par une biodiversité parmi les plus riches du bassin méditerranéen, avec des écosystèmes variés allant des arganeraies aux cédraies. Une diversité qui, combinée à l’implication des populations locales, favorise l’émergence d’une offre touristique différenciée.

Sur le plan institutionnel, plusieurs programmes viennent accompagner cette évolution. Le Programme de développement du tourisme rural, porté par l’Office national marocain du tourisme (ONMT), les actions de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA), ainsi que la stratégie Génération Green 2020-2030 traduisent une volonté de faire des espaces ruraux des acteurs à part entière de l’économie touristique.

Structures d’accueil et maisons d’hôtes

Cette orientation commence à produire des effets visibles sur le terrain. Dans la vallée de l’Ourika, des familles ont développé des structures d’accueil intégrées à leur mode de vie. Dans les oasis de Skoura ou de Tinghir, des maisons d’hôtes proposent des séjours centrés sur la découverte des palmeraies et des techniques traditionnelles d’irrigation. À Taliouine, les coopératives de safran attirent des visiteurs lors de la période de floraison, transformant une activité agricole en expérience touristique.

Selon M. Chattou, dans certaines zones du Moyen Atlas, le tourisme représenterait désormais plus de 60 % des revenus des ménages, dépassant l’agriculture. Un indicateur qui illustre le potentiel de cette activité en matière de diversification économique.

Parallèlement, la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) accompagne près de 289 projets à travers le Royaume, contribuant à structurer l’offre. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte global favorable : le Maroc a enregistré 19,8 millions d’arrivées touristiques en 2025, un niveau record qui ouvre des perspectives pour les territoires ruraux.

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Au cœur de cette transformation, les populations locales occupent une place déterminante. Les femmes, notamment, assurent la transmission des savoir-faire liés aux produits du terroir et participent activement à l’accueil touristique à travers les coopératives et les structures d’hébergement. Leur implication constitue un facteur d’autonomisation économique et sociale.

Les jeunes, quant à eux, investissent de plus en plus le champ de l’agrotourisme. En combinant initiatives locales et outils numériques, ils contribuent à moderniser l’offre et à renforcer la visibilité des territoires. Ce mouvement participe à limiter l’exode rural et à créer de nouvelles opportunités d’emploi.

Quant à la question de la durabilité, le développement du tourisme rural suppose un équilibre entre valorisation économique et préservation des ressources naturelles et culturelles. Ainsi, la réussite de ce modèle repose sur la capacité à encadrer les pratiques, à impliquer les communautés locales et à éviter les dérives liées à une exploitation excessive.

Dans cette perspective, le tourisme rural s’inscrit dans une logique plus large de rééquilibrage territorial. En générant des revenus et en renforçant l’attractivité des zones rurales, il contribue à réduire les disparités régionales et à consolider les dynamiques locales.

(avec MAP)