Dans sa dernière analyse sur l’exposition des marchés émergents à la crise du Moyen-Orient, Allianz Research place le Maroc parmi les pays les plus vulnérables. Le Royaume cumule une vulnérabilité jugée élevée aussi bien face aux fluctuations des prix de l’énergie que face à un risque de rupture d’approvisionnement — un double signal d’alarme que peu de pays de l’échantillon partagent simultanément.
Avec un déficit énergétique de -5,0 % du PIB et une facture annuelle dépassant 10 milliards de dollars, la dépendance aux hydrocarbures importés pèse lourdement sur les équilibres macroéconomiques du pays.
L’étude identifie un “triple déficit” — énergétique (-5,0 %), budgétaire (-4,0 %) et courant (-2,0 %) — qui fragilise à la fois le dirham et les obligations souveraines. Les marchés ont déjà réagi : depuis le 27 février, la monnaie nationale a cédé 3,07 % face au dollar, avec une perspective jugée négative. Allianz Research avertit par ailleurs de l’émergence d’une “prime de risque énergétique” qui viendrait renchérir les conditions de financement du pays, tandis que le risque de dérapage budgétaire est qualifié d’élevé.
Face à ces pressions, le Maroc dispose de quelques amortisseurs : des réserves de change couvrant 4,9 mois d’importations, que l’étude qualifie encore de “ligne de défense” opérationnelle, et une Bank Al-Maghrib qui devrait maintenir ses taux inchangés pour préserver la stabilité monétaire.
Mais ces filets de sécurité ont leurs limites. Avec seulement 30 jours de réserves stratégiques en pétrole — contre 121 pour la Pologne et 100 pour la Chine — une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz exposerait rapidement le pays à des achats d’urgence à prix exorbitants, aggravant mécaniquement tous ses déficits.
Un risque de récession
Au-delà de trois mois de fermeture du détroit d’Ormuz, Allianz Research tire la sonnette d’alarme : le Maroc fait partie des onze pays émergents les plus exposés à un risque élevé de récession, aux côtés de l’Égypte, la Jordanie, le Pakistan, la Tunisie ou encore le Bangladesh.
L’impact sur la croissance serait en moyenne d’au moins -0,5 point de pourcentage pour l’ensemble des marchés émergents hors Chine, ramenant leur croissance à 3,1 %. Un deuxième groupe de pays — dont la Chine, l’Inde ou la Turquie — se situerait dans une zone de risque modérément élevé, disposant de davantage de marges de manœuvre.
À l’opposé, les grands exportateurs de matières premières comme le Brésil et le Mexique apparaissent structurellement résilients, leurs exportations énergétiques jouant le rôle d’amortisseur naturel.
