Et pour cause, le 9 avril prochain, les pharmaciens sont appelés à manifester devant le siège du Conseil de la concurrence à Rabat pour dénoncer les recommandations liées à l’ouverture du capital des officines. Une orientation jugée inacceptable par la profession, qui y voit une menace directe pour son indépendance et sur l’équilibre du système de santé.
Une réforme administrative aux implications profondes
Le texte soumis introduit une série d’ajustements destinés à mettre en cohérence le cadre juridique des pharmacies avec les évolutions institutionnelles. Au cœur de cette réforme, le transfert d’un certain nombre de compétences vers l’AMMPS, qui devra désormais jouer un rôle central dans la régulation du secteur.
Concrètement, le projet redéfinit les procédures d’autorisation. Les demandes d’ouverture, de transfert ou de modification des officines devraient désormais être déposées et instruites au niveau de cette agence, dans une logique de centralisation et de rationalisation. Une plateforme électronique est également prévue pour digitaliser les démarches et fluidifier le traitement des dossiers.
Le texte s’inscrit dans le prolongement de la loi 55.19 relative à la simplification des procédures administratives, avec pour objectif de réduire les délais, clarifier les circuits décisionnels et renforcer la transparence.
Autre évolution notable, le texte prévoit un encadrement plus précis des autorisations préalables et des autorisations définitives, ainsi que leur notification aux différentes instances concernées, dont le secrétariat général du gouvernement et les représentants territoriaux. Le projet prévoit également une actualisation de certaines dispositions du décret de 2008 encadrant l’exercice officinal.
La défiance des professionnels
Sur le papier, le projet de décret pourrait être considéré comme une réforme administrative. Or, dans le climat actuel, le texte prend une dimension politique. Car il intervient alors que le modèle économique des pharmacies est déjà remis en question.
Le Conseil de la concurrence a récemment dressé un constat sévère ; des marges en baisse, une fragilité financière croissante et un modèle arrivé au bout de ses limites. Dans la foulée, il a recommandé une ouverture encadrée du capital des officines, déclenchant une réaction passionnée des pharmaciens d’officine.
Pour les syndicats, cette orientation risque de transformer la pharmacie en simple activité commerciale, soumise à des logiques d’investissement et de rentabilité. Plusieurs organisations dénoncent une remise en cause du rôle sanitaire du pharmacien et alertent sur les risques pour la sécurité médicamenteuse.
Dans ce contexte, toute réforme touchant, de près ou de loin, à l’organisation du secteur est scrutée avec bonne dose de suspicion.
Car, bien que le projet de décret ne traite pas directement de la question de l’ouverture du capital, il contribue à la reconfiguration du secteur pharmaceutique, à travers la réforme des règles d’ouverture et d’autorisations d’exercice accordées aux pharmacies nouvellement créées.
D’un côté, les pouvoirs publics cherchent à moderniser la gouvernance du médicament, à travers la création d’une agence dédiée et la digitalisation des procédures. De l’autre, les professionnels défendent un modèle centré sur la proximité et sur l’humain qu’ils estiment menacé par des logiques de libéralisation. Entre ces deux dynamiques contradictoires, le nouveau projet de décret a tout pour cristalliser les tensions existantes.
