Pédocriminalité : l’onde de choc de l’affaire “Jacques Leveugle” atteint le Maroc

L’affaire dite “Jacques Leveugle” prend une ampleur inédite. Comme l’ont révélé plusieurs médias français, un ancien éducateur de 79 ans est soupçonné d’avoir commis au moins 89 viols et agressions sexuelles sur des mineurs, entre 1967 et 2022, dans plusieurs pays, dont le Maroc.

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Jacques Leveugle, ancien éducateur français de 79 ans, est soupçonné d’avoir commis au moins 89 viols et agressions sexuelles sur des mineurs, entre 1967 et 2022, dans plusieurs pays, dont le Maroc. Crédit: Facebook

Selon Le Parisien, le parquet de Grenoble (est de la France) évoque des faits commis (masturbations, fellations) sur près de six décennies, principalement sur des garçons âgés de 13 à 17 ans. L’enquête a été déclenchée en octobre 2023 après la découverte, par le neveu du suspect au domicile de celui-ci, de clés USB contenant des milliers de pages de « mémoires » détaillant ses abus. Ces documents, remis à la gendarmerie, ont conduit à l’ouverture d’une information judiciaire en janvier 2024.

De son côté, Libération décrit une affaire « colossale », marquée par ce que le procureur Étienne Manteaux qualifie de « forme de toute-puissance » exercée par Jacques Leveugle sur ses victimes. Le quotidien souligne que l’homme aurait parcouru neuf pays au cours de sa vie — le Maroc, la France, la Suisse, l’Allemagne, l’Algérie, le Niger, les Philippines, l’Inde du Sud et la Colombie — en multipliant les activités d’encadrement éducatif, de soutien scolaire ou d’animation de camps de jeunesse, ce qui lui permettait d’être régulièrement en contact avec des adolescents.

Les « mémoires » compilées en quinze tomes ont permis d’identifier 89 victimes potentielles, mais un grand nombre d’entre elles n’ont pas encore été formellement retrouvées. Le parquet a lancé un appel à témoins. Une quarantaine de victimes ont, à ce stade, été identifiées. Libération précise que si la plupart ont porté plainte, certaines ne souhaitent pas se constituer partie civile et que, dans plusieurs cas, les faits pourraient être prescrits.

Les deux journaux mettent en lumière un mode opératoire fondé sur l’emprise progressive. Le Parisien rapporte que le suspect évoquait dans ses écrits une « séduction intellectuelle », multipliant les cours de langues, les discussions sur l’architecture ou la littérature. Libération insiste, de son côté, sur la dimension idéologique de ses écrits, dans lesquels il présentait la pédocriminalité comme une forme d’« éducation à la sexualité ».

L’affaire ne se limite pas aux violences sexuelles. L’homme est l’auteur de deux meurtres : il a reconnu avoir étouffé sa mère en 1974, alors qu’elle était en phase terminale d’un cancer, puis sa tante en Suisse en 1992. Ces faits seraient prescrits, mais ils participent à dresser le portrait d’un individu que le procureur décrit comme exerçant une domination totale sur son entourage.

Mis en examen en 2024, le suspect a d’abord été placé en détention provisoire. Libération précise qu’un contrôle judiciaire avec surveillance électronique avait été mis en place, avant qu’il ne soit réincarcéré pour non-respect de son assignation à résidence.

Ses liens avec le Maroc

Le Desk apporte des éléments sur les liens anciens et récents du suspect avec le Maroc. Son premier contact avec le royaume remonterait aux années 1960, lorsqu’il aurait étudié au Lycée Gouraud de Rabat — devenu par la suite le Lycée Hassan II. Des photographies anciennes circulant sur des blogs de souvenirs consacrés à la capitale le montreraient plus jeune à cette période.

Après un passage prolongé en Algérie au début des années 1970, où il enseignait l’anglais dans un collège à Lakhdaria (wilaya de Bouira), il aurait conservé pendant des décennies des liens avec d’anciens élèves. Une page Facebook dédiée à l’établissement, alimentée jusque dans les années 2010, diffusait des photos issues de sa collection personnelle, représentant majoritairement de jeunes garçons lors d’activités sportives ou de baignades.

Plus récemment, il aurait résidé à Khénifra, menant une vie décrite comme discrète. Formé à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, il affirmait dans une publication en 2012 vivre entre le Maroc et la France et se disait engagé « dans l’humanitaire ».

Selon le procureur Étienne Manteaux, une enquête a été lancée au Maroc, « pour les victimes les plus récentes concernant des faits entre 2010 et 2022. Les enquêteurs français doivent s’y rendre au printemps afin d’assister aux actes d’enquête », a-t-il déclaré à Libération.

L’appel à témoins lancé par le parquet de Grenoble vise désormais à permettre à d’éventuelles victimes, en France comme à l’international, de se manifester. Les enquêteurs soulignent les difficultés d’identification, certains noms figurant dans les écrits remontant à plus de quarante ans.

Toute personne susceptible d’avoir été victime ou témoin des faits imputés à M. Leveugle est invitée à se rapprocher des autorités compétentes. La rédaction de TelQuel reste également disponible pour recueillir d’éventuels témoignages.