Selon les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’Indice des prix à la consommation (IPC) annuel moyen a augmenté de 0,8% en 2025 par rapport à 2024, reflétant une évolution contenue des prix. Cette progression résulte d’une hausse de 0,8% des produits alimentaires et de 0,5% des produits non alimentaires.
Ces chiffres reflètent une normalisation graduelle des tensions sur les marchés, après plusieurs années dominées par la flambée des prix des matières premières, la crise énergétique et les perturbations logistiques mondiales.
Une désinflation portée par des facteurs externes et internes
L’analyse sectorielle révèle une dynamique différenciée. Les prix du transport ont reculé de 2,6%, jouant un rôle amortisseur dans l’évolution globale de l’IPC. Cette baisse reflète principalement l’atténuation des coûts énergétiques sur les marchés internationaux.
À l’inverse, le poste “Restaurants et hôtels” a augmenté de 3,3%, traduisant un ajustement des tarifs dans les services, secteur davantage exposé aux coûts salariaux et à la reprise de la demande.
“Nous pouvons considérer que la vague inflationniste est désormais derrière nous”
L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et administrés, a également progressé de 0,8%, confirmant que les tensions résiduelles restent contenues et non généralisées.
Pour l’économiste Mohamed Jadri, ces évolutions constituent « un élément très positif pour l’économie marocaine ». « Nous pouvons considérer que la vague inflationniste est désormais derrière nous », a-t-il affirmé, soulignant que cette accalmie repose sur des déterminants fondamentaux solides.
« Le Maroc importe l’essentiel de sa facture énergétique. Or, les cours du pétrole évoluent aujourd’hui à des niveaux jugés adéquats, rendant l’accès à l’énergie plus soutenable pour les industriels comme pour les ménages », a expliqué l’économiste.
À cela s’ajoute le retour à la normale des chaînes d’approvisionnement internationales, longtemps perturbées par la pandémie et les tensions géopolitiques. Les matières premières ont retrouvé des niveaux plus équilibrés, réduisant la pression sur les coûts de production et, par ricochet, sur les prix à la consommation.
Une crédibilité monétaire consolidée
Les analyses de Bank Al-Maghrib (BAM) confirment cette dynamique d’apaisement. La Banque centrale souligne que l’inflation est restée faible en 2025, soutenue par l’amélioration de l’offre alimentaire, la détente des prix énergétiques et une demande intérieure évoluant à un rythme maîtrisé.
Le maintien de l’inflation sous-jacente à un niveau inférieur à 1% témoigne de l’absence de pressions structurelles durables. Cela reflète également la crédibilité de la politique monétaire menée ces dernières années.
En maintenant une posture prudente, BAM a réussi à contenir les anticipations inflationnistes tout en évitant un freinage excessif de l’activité. Le maintien du taux directeur à un niveau jugé approprié illustre cette recherche d’équilibre entre soutien à la croissance et préservation de la stabilité des prix.
Vers un cercle vertueux pour la croissance ?
La stabilisation des prix ouvre désormais une nouvelle phase. Selon M. Jadri, « une inflation maîtrisée redonne de la visibilité aux opérateurs économiques et restaure la confiance ». Cette visibilité est déterminante pour l’investissement productif, souvent différé en période d’incertitude sur les coûts.
L’amélioration progressive du pouvoir d’achat pourrait également soutenir la demande intérieure. Une consommation plus dynamique stimule la production, génère de la valeur ajoutée et favorise la création d’emplois.
« Les ménages consomment davantage, les entreprises produisent plus, investissent et embauchent. Des ressources supplémentaires sont ainsi injectées dans le circuit économique national », a relevé l’économiste.
Dans un contexte où la croissance marocaine demeure en partie tributaire de la demande interne, cette dynamique pourrait constituer un levier important d’accélération.
Perspectives 2026 : vigilance sans inquiétude
Pour 2026, BAM anticipe une légère remontée de l’inflation autour de 1,3%, un niveau qui reste compatible avec la stabilité des prix et proche des standards internationaux en matière d’équilibre macroéconomique.
Toutefois, la trajectoire future demeure conditionnée à plusieurs facteurs exogènes. L’inflation au Maroc étant en grande partie importée, toute volatilité des cours internationaux de l’énergie ou des matières premières pourrait rapidement se transmettre aux prix domestiques.
Les conditions climatiques, déterminantes pour la production agricole et donc pour les prix alimentaires, constituent également un facteur clé.
En définitive, l’année 2025 marque le retour du Maroc vers un régime d’inflation basse et maîtrisée. Cette évolution consolide la stabilité macroéconomique du pays et renforce la crédibilité de ses institutions économiques.
Si les risques externes persistent dans un environnement international encore incertain, les fondamentaux actuels suggèrent que la séquence inflationniste exceptionnelle des dernières années appartient désormais au passé, ouvrant la voie à une phase de croissance plus prévisible et structurellement plus saine.
(avec MAP)
