L’affiche est belle avant même le coup d’envoi. Les deux plus belles équipes du continent, les mieux classées, les favoris des bookmakers, le Sénégal défie le Maroc pour remporter la finale de sa CAN. Cinquante ans d’attente, de déceptions, de désillusions. Walid Regragui et les siens ont eu quelques jours pour se remettre des demi-finales marathon face au Nigéria, gagnées aux penaltys.
Ils y croyaient. Le Maroc aussi. Après une CAN maîtrisée, les Lions de l’Atlas semblaient à 90 minutes d’un sacre attendu depuis 50 ans. Mais face au Sénégal, tout s’est effondré : panique tactique, panenka ratée, blessures en chaîne et faiblesse mentale. Dans cet épisode de… pic.twitter.com/odQcXZzi7q
— TelQuel (@TelQuelOfficiel) January 19, 2026
A 20h, tous les yeux sont braqués sur la pelouse du Complexe Moulay Abdellah. Le Sénégal de Pape Thiaw débarque sans complexe. Sur quatre précédentes finales de CAN, les Lions de la Téranga en ont joué trois pour un titre. C’est dire l’expérience et la confiance des Sénégalais avant le coup d’envoi.
De l’autre côté, les visages sont plus fermés. A l’échauffement, la pression se fait ressentir. L’objectif est clair, rendre fiers 40 millions de Marocains qui rêvent d’un or africain qui se fait désirer depuis 1976. A l’entame du match, après quelques petites minutes, l’heure est au premier frisson sur un corner bien repoussé par Bounou, sur sa ligne.
Le stade reprend son souffle, mais pas pour très longtemps. Walid Regragui a pris les mêmes pour recommencer, et faire mieux. Le tandem de 8, El Khannouss et Saibari pressent bien et récupèrent un ballon au milieu de terrain pour se projeter et tenter un premier tir, sans trouver le cadre. Le ton est donné, la bataille du milieu bat son plein. Quelques percées à droite de la défense sénégalaise d’Ezzalzouli font mouche, mais ses centres et passes en retrait ne trouvent pas preneurs.
La mi-temps est un long florilège de tentatives manquées, de quelques déchets et long ballons qui traversent les défenses sans le moindre frisson. A trois minutes de la 45e, une percée d’Iliman Ndiaye, bien servi par Jackson fait chavirer les tribunes. Un silence assourdissant, avant un ouf de soulagement qui suit l’arrêt décisif de Bounou. Match nul et vierge à la mi-temps, les Lions de l’Atlas peuvent remercier leur portier héros des demies.
A la reprise, le Maroc est meilleur, plus tranchant, motivé. Quelques occasions et cafouillages embrasent le Complexe Moulay Abdellah bouillonnant, mais Edouard Mendy, le gardien sénégalais reste tranquille.
Tout se jouera au mental. Et au bout d’une heure de jeu, les Sénégalais semblent plus à l’aise. Jusqu’à une occasion claire d’El Kaabi, la première du match, une vraie occasion de finale, que l’attaquant de l’Olympiakos manque à bout portant. C’était la meilleure occasion marocaine, grâce à un service de Bilal El Khannouss.
Le Sénégal remet le pied sur le ballon, face au bloc marocain bien soudé, pour limiter les espaces et la profondeur tant recherchée par l’adversaire.
C’est irrespirable à Rabat, lorsque les remplaçants accélèrent les échauffements. Adam Masina, le défenseur axial, boite et tente de se rassurer avec quelques touches de balle. Une seconde récupération marocaine nous offre une seconde occasion d’ouvrir le score. En vain. Un premier tir d’El Kaabi est repoussé par la défense, Ezzalzouli récupère, tente mais ne trouve pas le cadre. Deux occasions franches, le Maroc ne trouve toujours pas le cadre alors qu’on joue la 63e minute de jeu.
Une finale de CAN se joue normalement sur des détails… celle-ci se joue sur les détails des détails. Les équipes font jeu égal depuis la reprise, les supporters lèvent les mains au ciel, prient et donnent de la voix. El Aynaoui reste à terre après un choc à la tête, le métronome du milieu inquiète, les encouragements se font entendre alors que le chrono affiche déjà 70 minutes de jeu. Le staff médical s’empresse de le remettre sur pieds, bandage sur la tête, il revient en héros sous les acclamations.
Pape Thiaw, le sélectionneur sénégalais joue ses premières cartes à quinze minutes de la fin du temps règlementaire. Ibrahim Mbaye, Abdoulay Secke et Ismaila Sarr remplacent Iliman Ndiaye, Antoine Mendy et Lamine Camara. Walid décide alors de changer et tenter un premier coup de poker.
Youssef En-Nesyri et Oussama Targhalline entrent en jeu pour remplacer El Kaabi et El Khannouss, mais rien ne se passe. A moins de 2 minutes de la fin du temps règlementaire, Adam Masina demande à être remplacé. En larmes, il ne peut pas finir, alors que Jawad El Yamiq se prépare à rentrer.
Le Sénégal tente une percée, tire, cadre mais Bounou sauve encore la mise. Le match s’emballe lorsque Ezzalzouli suit une déviation d’En-Nesyri et s’offre une autre occasion. On joue 8 minutes de temps additionnel, le pays retient son souffle.
Un corner, encore un danger et encore un frisson. Le Sénégal marque un but refusé suite à un coup franc sur Hakimi. Walid n’attend pas, fais entrer Anas Salaheddine pour limiter l’impact des nouveaux entrants sénégalais et mettre Mazraoui dans l’axe. Saibari sort sous les applaudissements.
Un nouveau corner et un autre rebondissement. Au deuxième poteau, un Marocain est retenu illégalement. L’arbitre Ndala s’en va pour vérifier la VAR, la pression monte et les bancs entrent en altercation. La sécurité s’en mêle, la tension se propage en tribune. L’arbitre indique le point de penalty, le match est arrêté, le Sénégal refuse de poursuivre le match, les supporters sénégalais tentent d’envahir le terrain.
Après des minutes de flottement, le calme reprend, le penalty sera tiré. Brahim s’élance. Tente une panenka, qu’il rate d’une manière atroce. C’est le cataclysme. Le scénario cauchemar pour tout un pays, tous les espoirs, sur une panenka. On ira aux prolongations dans un stade sous haute, très haute tension.
Sur un ballon perdu, Pape Gueye s’élance dans un appel en profondeur bien servi, trouve la lucarne pour ouvrir le score pour le Sénégal, dès l’entame des prolongations. Le cauchemar.
Regragui joue toutes les cartouches. Akhomach et Igamane remplacent Brahim Diaz et Noussair Mazraoui.
Le Maroc balance des longs ballons, et sur un dégagement d’Edouard Mendy, Igamane se blesse. Les Lions finissent à 10 contre 11, le cauchemar se poursuit et Edouard Mendy sort toutes les tentatives, impérial dans les airs, comme sur sa ligne. A l’opposé, Bounou nous maintient en vie avec un arrêt miracle et le chrono tourne.
Les trois minutes de temps additionnel ne serviront à rien, c’est un cataclysme à Rabat. Le Maroc perd la finale de sa CAN au bout des prolongations, après un penalty raté au temps additionnel. Le Sénégal est champion d’Afrique.
