La mission, programmée du 29 novembre au 2 décembre 2025, est coordonnée par Proexca, société publique relevant de la présidence du gouvernement des Canaries, en partenariat avec la fédération des entreprises portuaires Fedeport. Elle met l’accent sur les opportunités d’investissement liées au projet du port Dakhla Atlantique, dont le coût est estimé à environ 1,3 milliard d’euros et que Rabat présente comme une plateforme logistique majeure reliant l’Afrique à l’Europe et aux Amériques.
Selon les documents de présentation, Dakhla est présentée aux participants comme une « plateforme tricontinentale », avec des promesses d’opportunités dans les services portuaires, la logistique, la numérisation, les énergies renouvelables, l’économie bleue et l’économie circulaire.
Proexca souligne qu’elle agit « dans le cadre d’accords conclus avec des organismes professionnels, et que l’initiative émane d’associations économiques ».
Cette mission économique intervient dans un contexte politique complexe. Le gouvernement des Canaries est dirigé par une coalition menée par la Coalition canarienne (Coalición Canaria), connue en Espagne pour une position généralement plus proche de celle du Maroc concernant la question du Sahara, notamment après les déclarations de son président, Fernando Clavijo, lors d’une visite à Rabat en 2024, au cours de laquelle il avait exprimé son soutien au « changement de position de Madrid » en faveur de la proposition marocaine d’autonomie.
En parallèle, une tension interne a augmenté quelques jours après la visite de cinq députés du Parti populaire (PP) à Gran Canaria, où ils ont tenu une réunion avec un représentant du Front Polisario, déclarant leur soutien au « droit du peuple sahraoui à l’autodétermination », et appelant le gouvernement de Pedro Sánchez à revoir la position adoptée en 2022, lorsqu’il avait qualifié l’initiative marocaine d’autonomie de « base la plus sérieuse et crédible » pour résoudre le conflit.
En toile de fond de cette mission, se dessine un facteur économique stratégique : la crainte des Canaries face à l’ascension rapide du rôle portuaire du Maroc, renforcée par l’expansion de Tanger Med et le projet du port Dakhla Atlantique, ce qui signifie une concurrence directe avec les ports de l’archipel en matière de commerce et de services maritimes.
Pour une partie des acteurs économiques canariens, participer à des projets comme celui de Dakhla apparaît comme « une manière de ne pas rester en dehors du nouveau jeu en Méditerranée occidentale et dans l’Atlantique ».
