Dans son intervention, Jouahri a salué l’initiative du Haut-Commissaire au Plan de célébrer cette journée et a rappelé que cette orientation s’inscrit dans la vision du roi, qui, dans son discours du 8 octobre 2021, a appelé à « une refonte substantielle du Haut-Commissariat au Plan dans la perspective d’en faire un mécanisme d’aide à la coordination stratégique des politiques de développement et d’accompagnement de la mise en œuvre du modèle de développement ».
Un contexte mondial d’incertitude
Le wali a souligné que la statistique est aujourd’hui appelée à répondre aux besoins d’une nouvelle ère où l’incertitude s’impose comme réalité dominante. Depuis 2020, plusieurs chocs ont marqué l’économie mondiale : la pandémie, la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique, l’accélération de la digitalisation et l’émergence de l’intelligence artificielle générative.
Ces bouleversements rendent la prise de décision particulièrement complexe. Jouahri a notamment évoqué des « évolutions paradoxales en apparence, de l’inflation sans demande comme en 2022/2023, de la croissance sans emploi, ou inversement, de l’emploi sans croissance ».
Des opportunités d’amélioration pour le système statistique marocain
Tout en reconnaissant que « la statistique officielle marocaine jouit aujourd’hui d’une forte crédibilité auprès des institutions internationales et des investisseurs », le responsable de la Banque centrale a identifié plusieurs axes d’amélioration.
La couverture statistique doit être élargie, tant sur le plan géographique pour accompagner la régionalisation avancée, que sur le plan thématique. Parmi les lacunes citées figurent « les informations sur la richesse des ménages, l’évolution des salaires, l’investissement privé, le changement climatique ».
Jouahri a également pointé la nécessité d’améliorer la fréquence et les délais de production de certains indicateurs. Il a révélé que Bank Al-Maghrib a envisagé d’accroître le nombre de réunions de son Conseil dans le cadre de la transition vers un régime de change plus flexible, mais que « cet objectif n’a pas été concrétisé vu qu’une partie des données fondant la décision en matière de politique monétaire n’est produite qu’à une fréquence trimestrielle ou avec des délais longs ».
L’urgence d’une réforme législative
Sur le plan légal, le wali a déploré que « les textes régissant la statistique marocaine remontent à plus d’un demi-siècle, et même ses dispositions sur le volet de la coordination ne sont pas réellement appliquées ». Il a appelé à une véritable mobilisation de toutes les parties prenantes, notant que « le HCP ayant tenté d’avancer dans ce sens depuis de nombreuses années, mais sans résultats tangibles ».
Jouahri a présenté les efforts de Bank Al-Maghrib, qui a lancé « une refonte de son système d’information pour faire émerger un pôle statistique autonome ». Il a insisté sur le fait que « le budget alloué à la statistique ne devrait pas être considéré comme une dépense de fonctionnement, mais plutôt comme un investissement prioritaire pour mieux fonder et orienter les décisions en matière de politique publique ».
En conclusion, le wali a souligné la résilience du Maroc face aux défis actuels et a fixé un objectif ambitieux : « Près de 20 ans après l’adhésion à la Norme spéciale de diffusion des données du FMI, la prochaine étape serait de rejoindre le groupe restreint des pays ayant souscrit à la NSDD Plus ».
