Rabat : début du procès en appel de Ibtissame “Betty” Lachgar

Le procès en appel de la militante féministe marocaine Ibtissame Lachgar, condamnée début septembre à deux ans et demi de prison ferme pour "atteinte à l'islam", a débuté lundi à Rabat, selon un journaliste de l'AFP présent à l'audience.

Par

Ibtissam Betty Lachgar
Ibtissame Betty Lachgar. Crédit: DR

La militante de 50 ans, connue pour son engagement en faveur des libertés individuelles, avait publié fin juillet sur les réseaux sociaux une photo d’elle vêtue d’un t-shirt où apparaissait une expression jugée blasphématoire.

L’image était accompagnée d’un texte qualifiant l’islam, « comme toute idéologie religieuse », de « fasciste, phallocrate et misogyne ». La publication avait suscité de vives réactions sur internet, dont des appels à son arrestation mais aussi des menaces de viol et de lapidation.

« Betty » Lachgar a été condamnée le 3 septembre à 30 mois de prison ferme et à une amende d’environ 50.000 dirhams pour « atteinte à la religion islamique » pour cette publication jugée « offensante envers Dieu ».

L’organisation Human Rights Watch avait réclamé l’annulation de cette peine, qualifiant le jugement de « coup dur à la liberté d’expression au Maroc ».

En début d’audience lundi, la psychologue clinicienne a réaffirmé que son t-shirt reprenait un slogan féministe existant depuis des années contre le sexisme et les violences faites aux femmes, soulignant qu’il n’avait aucun rapport avec l’islam.

Le parquet a requis un alourdissement de la peine, insistant sur l’atteinte à l’ordre public et à la « quiétude spirituelle des Marocains ».

à lire aussi

La défense a demandé à ce que Mme Lachgar soit innocentée ou pour le moins qu’une peine alternative soit prononcée afin qu’elle puisse se soigner.

Fin août, Naima El Guellaf, une avocate de Lachgar, avait affirmé que sa cliente suivait un traitement contre le cancer et devait subir rapidement une opération au bras, au risque sinon de devoir être amputée.

Lundi, la militante est apparue affaiblie et portant une attèle au bras gauche, selon le journaliste de l’AFP.

L’article 267-5 du Code pénal marocain punit de six mois à deux ans de prison ferme « quiconque porte atteinte à la religion musulmane ». Une peine pouvant être portée à cinq ans si l’infraction est commise en public, « y compris par voie électronique ».

Lachgar a cofondé en 2009 le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) et mené plusieurs campagnes médiatisées notamment contre les violences faites aux femmes et la pédocriminalité.

(avec AFP)