Dans une question écrite adressé à Amine Tahraoui, ministre de la Santé, la députée du groupe d’opposition-ittihadie, Latifa Chérif, met en lumière “l’interruption répétée” des livraisons de morphine et demande des explications et des mesures d’urgence de la part du gouvernement.
“L’interruption de l’approvisionnement en morphine prive gravement les malades et leurs familles de leur droit à un traitement digne, les exposant à des souffrances physiques et psychologiques intolérables”, explique Chérif.
Elle rappelle également le statut particulier du médicament : la morphine figure sur la liste des médicaments essentiels au niveau international, ce qui, souligne-t-elle, rend la continuité de son approvisionnement “une priorité urgente” pour garantir l’accès aux soins palliatifs et à la prise en charge de la douleur.
Face à cette situation, la députée pose une série de questions concrètes au ministre de la Santé : existe-t-il, dans les faits, une pénurie ou des problèmes de distribution de la morphine ? Quels sont, le cas échéant, les facteurs explicatifs (difficultés d’importation, problèmes logistiques, rupture des chaînes d’approvisionnement, mésentente au niveau des grossistes, ou autre) ? Et quel “plan d’urgence” permettrait d’assurer la disponibilité de ce médicament dans l’ensemble des établissements de santé prenant en charge des cas graves ?
De surcroît, elle préconise la mise en œuvre de “mesures structurelles” pour éviter la répétition de telles ruptures, insistant sur la nécessité d’actions immédiates afin de garantir “la continuité et la sécurité” de l’approvisionnement, notamment pour les traitements de longue durée et les interventions chirurgicales ou chimiothérapeutiques où le recours à des antalgiques puissants est indispensable.
La dépendance aux importations pointée du doigt
L’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) avait pourtant publié, le 12 août, un communiqué ferme pour “démentir” les informations diffusées par certains médias faisant état d’une “prétendue” pénurie de plus de 600 médicaments destinés au traitement des maladies chroniques, rappelant par la même occasion qu’une rupture généralisée de cette ampleur aurait déjà eu des répercussions immédiates et visibles sur le système de soins, ce qui, selon elle, n’est pas le cas aujourd’hui.
“Un certain nombre de médicaments essentiels aux personnes atteintes de cancer sont actuellement en rupture dans les CHU”
Depuis octobre 2024, les associations de patients et plusieurs centres hospitaliers publics soulignent pourtant une réalité plus nuancée : des ruptures prolongées de spécialités vitales (en particulier pour les malades atteints de cancer) continuent d’affecter la prise en charge dans certaines régions, notamment à Casablanca.
“Un certain nombre de médicaments essentiels aux personnes atteintes de cancer sont actuellement en rupture dans les CHU, particulièrement les traitements hormonaux. Au centre Mohammed VI, les traitements hormonaux sont en rupture depuis presque six mois”, confiait en octobre dernier Hasnaa Bouachma, de l’association Attomouh, qui suit près de 900 patients concernés par ces ruptures.
Dans son communiqué, l’AMMPS avait reconnu que “des ruptures ponctuelles de certaines spécialités pharmaceutiques peuvent survenir”, en les reliant aux tensions globales des chaînes d’approvisionnement, aux difficultés d’accès aux matières premières et aux fluctuations des marchés mondiaux. L’agence avait affirmé, par ailleurs, mettre en œuvre “de manière proactive” des mesures pour atténuer ces impacts : surveillance permanente du marché, plans correctifs ciblés, promotion de la production locale et constitution de stocks stratégiques.
Ces efforts, qui s’inscrivent dans une stratégie nationale de souveraineté médicamenteuse visant à augmenter la part du médicament fabriqué au Maroc et à encourager le développement des génériques, répondent à une évidence : la dépendance aux importations, notamment pour des principes actifs ou des formes thérapeutiques peu rentables, expose le pays aux aléas internationaux.
