Ce qu’il s’est passé
Dans une lettre adressée le 28 juillet au Chef du gouvernement, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) tire la sonnette d’alarme sur les conséquences du projet de décret encadrant la fixation des prix des médicaments, porté par le ministère de la Santé. La CSPM dénonce une exclusion injustifiée de ses propositions et met en garde contre une déstabilisation du secteur officinal, particulièrement en zones vulnérables.
Bien que le ministère affirme avoir conduit une concertation élargie avec plus de 30 réunions incluant divers acteurs — industriels, pharmaciens, assureurs — la CSPM affirme ne pas avoir été associée à la finalisation du texte. Elle évoque seulement deux rencontres avec le ministre, sans retour sur les recommandations exprimées.
Pourquoi c’est important
Le projet de décret vise à remplacer le décret n° 2.13.852 de 2013 afin de permettre une réduction significative des prix des médicaments. Il s’inscrit dans le cadre de la réforme du système de santé impulsée par la loi-cadre 06-22 et la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO).
Mais pour la CSPM, ce texte ne traite que partiellement les dysfonctionnements du système, sans vision globale. Il risque, selon elle, de provoquer la faillite de nombreuses officines, d’aggraver les tensions sociales et de nuire à la sécurité pharmaceutique nationale. L’organisation syndicale alerte notamment sur le risque de ruptures de stocks si les industriels retirent certains médicaments du marché marocain, jugés insuffisamment rentables. “À force de baisser les prix des médicaments qui sont déjà très bas, l’industriel pharmaceutique […] retire le produit du marché marocain. Au final, c’est le citoyen qui est le premier perdant”, alerte Mohamed Lahbabi, président de la CSPM
Ce qu’ils en disent
“Ce chantier d’une importance capitale n’a pas atteint les objectifs escomptés, en raison de l’absence d’une approche globale garantissant justice, bonne gouvernance et efficacité” — La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc
“Ce qui accentue notre inquiétude aujourd’hui, c’est le contenu du nouveau projet de décret […] qui n’a tenu compte d’aucune des recommandations ou propositions de la Confédération, ce que nous considérons comme une exclusion injustifiée et contraire aux principes de dialogue, de concertation et d’approche participative consacrés par la Constitution et les discours royaux” — CSPM
“Nous ne sommes absolument pas contre la baisse des prix des médicaments, mais bien pour” — Mohamed Lahbabi, président de la CSPM
Les demandes de la Confédération
Une intervention urgente du Chef du gouvernement pour stopper toute décision unilatérale.
L’ouverture d’un dialogue sérieux autour du projet de décret.
L’application immédiate des engagements convenus avec l’ancien ministre de la Santé, restés lettre morte.
Un secteur divisé
La CSPM n’est pas la seule voix du secteur. Le Syndicat national des pharmaciens du Maroc (SNPM), dans un communiqué distinct, soutient le projet, le qualifiant de “chantier national structurant” et affirmant qu’un dialogue “sérieux et constructif” est en cours avec le ministère.
Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, quant à lui, déclare ne pas avoir été associé à la préparation du décret. Son président, Hamza Guedira, affirme qu’il transmettra un avis une fois le texte reçu officiellement.
Et les consommateurs ?
Du côté des associations de défense des consommateurs, le ton est plus critique. “Ce sont les importateurs qui décident du sort des médicaments au Maroc. Les pharmaciens ne sont qu’un chaînon […]”, estime Bouazza Kherrati, président de l’association de défense des droits des consommateurs. Il déplore que les associations citoyennes n’aient pas été incluses dans les concertations, alors même qu’elles représentent, selon lui, les intérêts premiers des Marocains.
