La mort d’un Marocain étranglé par un policier près de Madrid choque l’Espagne

La mort d’Abderrahim, Marocain de 35 ans, étranglé par un policier municipal hors service près de Madrid lors d’une tentative présumée de vol, a provoqué une vive émotion en Espagne. Tandis que l’enquête évoque un homicide involontaire, des collectifs dénoncent un meurtre raciste et réclament justice. Capturées par des vidéos des témoins, on y entend des personnes lui demandant de le lâcher.

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Abderrahim, un jeune marocain tué par la police municipale espagnole. Crédit: Capture d'écran vidéo

D’après El País, plus de 200 habitants de Torrejón de Ardoz, près de Madrid, se sont réunis samedi sur la Plaza de España pour dénoncer la mort d’Abderrahim, Marocain de 35 ans tué dans la nuit de mardi à mercredi dernier par un policier municipal à la suite d’une tentative présumée de vol de téléphone. Une enquête est en cours pour homicide involontaire.

Dans les vidéos publiées par les médias espagnols, on voit l’agent qui n’était pas en service, habillé en civil, immobiliser au sol le voleur présumé en le tenant par le cou. Ce dernier reste immobile, tandis que certaines personnes lui demandent de le lâcher. « Tu vas asphyxier le gars, bordel, enlève ton bras », lance une personne, tandis qu’une autre lui demande de le libérer puisqu’« il ne va pas s’enfuir ».

La famille d’Abderrahim, présente à la manifestation, a réclamé justice, selon le journal. Des collectifs antiracistes ont également dénoncé ce qu’ils considèrent comme une politique structurelle de persécution des migrants.

Un habitant a déclaré : « C’était un bon garçon ». Un autre, à ses côtés, a expliqué sa présence à la manifestation en ces termes : « Nous sommes venus protester parce que ce qu’il y a derrière tout cela, c’est de la haine et du racisme ».

Ce ne sont pas des morts, ce sont des assassinats

La manifestation n’avait pas de programme officiel. Un membre du collectif Corredor en Lucha a invité les personnes présentes à prendre la parole. La foule a scandé des slogans comme : « Les vies arabes comptent aussi », ou encore : « Ce ne sont pas des morts, ce sont des assassinats ».

L’atmosphère a basculé lorsque la famille d’Abderrahim a interrompu la mobilisation en brandissant son portrait. Sa mère et sa sœur, en larmes, demandaient justice. Sa mère répétait : « Nous voulons justice ». Son frère, bouleversé, criait : « Où est mon frère ? La police a emmené mon frère ».

Un autre manifestant a déclaré que la mort d’Abderrahim était une conséquence du racisme, qu’il qualifie de politique d’État. Il a évoqué un cas récent de violence policière contre un migrant guinéen à Madrid, que la justice a qualifié de détention illégale avec usage excessif de la force.

Une enseignante, membre du collectif Corriente Roja, a qualifié cette affaire de « meurtre raciste perpétré par un policier ».

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Le père d’Abderrahim, Akkouh Mimou, a déclaré : « Ce n’est pas parce qu’il vole qu’il faut le tuer ». Il a précisé que son fils suivait un traitement psychiatrique, consommait de la drogue, et avait déjà volé dans le passé.

El País rapporte que le policier a immobilisé Abderrahim en utilisant une technique d’étranglement appelée mataleón, en pleine rue. Il a été arrêté pour homicide involontaire mais libéré sous contrôle judiciaire : il a dû remettre son passeport et se présenter chaque semaine au tribunal.

Les mobilisations se multiplient

Un dossier disciplinaire a été ouvert par la mairie, et l’agent a été suspendu. Le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, a accusé certaines voix de gauche de vouloir « exploiter ce drame pour criminaliser la police municipale de Madrid ».

Depuis mardi, les mobilisations se sont multipliées. Vendredi, SOS Racismo Madrid a organisé un rassemblement à Callao. Sa directrice, María Bennouna, a dénoncé le fait que le suspect soit libre, estimant qu’il ne s’agit ni d’un fait isolé, ni d’un homicide involontaire.

La manifestation de samedi à Torrejón s’est conclue par une déclaration du collectif organisateur : « Il s’agit d’un nouveau cas de racisme institutionnel. Nous exigeons des comptes pour ce meurtre brutal ». Une grande assemblée est prévue vendredi prochain.

Abderrahim vivait à Torrejón depuis plus de 17 ans. À la fin de la manifestation, son frère est resté seul au centre de la place, pleurant sur le portrait de son frère, réconforté par plusieurs personnes.