La traversée de la Manche, surnommée « l’Everest des nageurs », est régie par un règlement strict imposé par la Channel Swimming Association (CSA), qui fête cette année ses 150 ans. Aucun nageur ne peut porter de combinaison thermique. Un simple maillot de bain, un bonnet et des lunettes sont autorisés. En relais, un seul nageur est dans l’eau à la fois, chacun nageant une heure à tour de rôle, sans possibilité de modifier l’ordre, même en cas d’hypothermie, de piqûres de méduses ou de panique nocturne.

Cette traversée a été rendue encore plus périlleuse par la météo capricieuse de la Manche. « Le plus dur, ce n’est pas seulement la préparation physique, c’est le stress de ne pas maîtriser le moment du départ », confie Hassan Baraka. La fenêtre de traversée n’a été confirmée que 12 heures à l’avance, selon les conditions de marée et de vent, fixées par le pilote du bateau d’accompagnement.
Le “cimetière des nageurs” avant la délivrance
À quelques centaines de mètres du but, les nageurs ont été confrontés à l’un des pièges les plus redoutés du détroit : un courant transversal puissant, surnommé par les Britanniques le “Cemetery of swimmers”. Pendant plus de deux heures, ils sont restés quasiment sur place, luttant contre la force des eaux françaises, à seulement 500 mètres de la côte.
Ce défi a toutefois été surmonté grâce à l’endurance du groupe, leur solidarité et une préparation de plusieurs mois.
La composition de l’équipe « Wave of Baraka » reflète la diversité et la richesse des profils engagés :
- Hassan Baraka (38 ans), pionnier de la nage extrême au Maroc, est le premier Marocain à avoir traversé la Manche à la nage en juillet 2024. Il est détenteur d’un record Guinness pour la traversée du golfe d’Aqaba entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Il est aussi le premier Marocain à avoir nagé au pôle Nord sans combinaison, et à avoir décroché la Ice Triple Crown, une reconnaissance pour les nageurs qui ont prouvé leur capacité à nager dans des eaux extrêmement froides.
- Ibrahim Slaoui (67 ans), chef d’entreprise et père de quatre enfants. Deuxième Marocain à avoir réalisé un ice mile, il a traversé le détroit de Gibraltar en solo en 2023.
- Arnaud Chassery (48 ans), aventurier français, spécialiste des longues traversées et fondateur de l’association Alopias, qui développe le programme Handi’Cap sur l’aventure. En mai dernier, il a mené la première ascension avec des enfants marocains en situation de handicap jusqu’au sommet du mont Toubkal.
- Amal Sefrioui (56 ans), professeure de médecine dentaire à l’Université Mohammed V de Rabat.
- Malika Skali Odelin (44 ans), entrepreneure marocaine, mère de quatre enfants et aventurière dans l’âme. Elle a effectué un tour du monde en sac à dos et traversé le détroit de Gibraltar avec Hassan Baraka en juin 2024.
Grâce à cette traversée, Amal et Malika deviennent les deux premières femmes marocaines à traverser la Manche en relais.
Une performance au service d’une grande cause

Cette épopée sportive s’inscrit dans le cadre de la campagne du Téléthon 2025, au profit de l’Association marocaine des handicapés (AMH). Objectif : mobiliser des fonds pour l’agrandissement du centre de réadaptation Noor et sensibiliser à l’inclusion des personnes en situation de handicap.
Les personnes à mobilité réduite ne sont pas exclues de ces exploits : plusieurs nageurs en situation de handicap ont eux aussi traversé la Manche.
Créée en 1992, l’AMH milite pour l’inclusion socio-économique des personnes handicapées au Maroc, en construisant un avenir fondé sur l’égalité, la dignité et l’autonomie.
