Au parlement, l'introduction du hip-hop à l'école fait débat

L'introduction du hip-hop et du breakdance au programme d'éducation physique ne fait pas l'unanimité. Alors que certains y voient une opportunité pertinente de renouveler l'offre éducative, d'autres, plus conservateurs, craignent la dilution des références culturelles nationales.

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Mohamed Saad Berrada au Parlement, le 13 janvier 2025. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

L’intégration du hip-hop et du breakdance dans les programmes d’éducation physique suscite la controverse. Elle a valu au ministre de l’Éducation nationale une interpellation parlementaire. Le conseiller Khalid Setti a adressé une question écrite au ministre, s’interrogeant sur les objectifs et les fondements pédagogiques de cette initiative qualifiée d’« inédite », rapporte Alyaoum24.

Selon lui, le ministère a entamé des formations en danses urbaines dans le but de les intégrer aux cursus scolaires. Il demande ainsi à connaître « la pertinence de ces formations quant à leur capacité à ancrer les valeurs, renforcer les compétences de base et réduire la violence et le décrochage scolaire ». Il réclame également des précisions sur les critères culturels et pédagogiques retenus, ainsi que sur les dispositifs de formation des enseignants en disciplines olympiques et fondamentales.

Dans une note officielle, signée par le directeur de la promotion du sport scolaire, le ministère a demandé aux académies régionales de proposer des inspecteurs ou enseignants pour suivre une formation en hip-hop et breaking. Ce programme est mis en œuvre en partenariat avec la Fédération royale marocaine des sports aérobics, de fitness et de hip-hop, et en collaboration avec la Fédération royale marocaine du sport scolaire.

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L’objectif affiché est de former des encadrants régionaux capables de diffuser ces disciplines à l’échelle locale. Cette formation est animée par un expert international,  figure reconnue dans ce domaine.

Le ministère précise que cette initiative s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer les compétences des enseignants d’éducation physique et à accompagner les nouvelles disciplines, en particulier le breaking, désormais inscrit au programme des Jeux olympiques de Paris 2024.

“Les danses urbaines ont leur public, mais le Maroc reste une nation de football et d’athlétisme. Cela laisse peu de place aux jeunes pratiquants le breakdance. En termes de financement aussi, ce n’est pas évident, nous avons appris à jouer des coudes pour les mettre en avant et faire découvrir leur art”

Selma Bennani, présidente Fédération royale marocaine des sports aérobic, fitness, hip-hop et disciplines assimilées (FRMSAFH)

Mais cette décision n’a pas fait l’unanimité. Si certains y voient « une initiative ambitieuse pour renouveler l’offre éducative », d’autres alertent sur « le risque de dilution des références culturelles nationales », en introduisant des formes artistiques importées sans étude approfondie. D’autres critiques soulignent le décalage entre ces choix et les carences persistantes en équipements et en encadrement dans les établissements publics.

Dans un entretien accordé à TelQuel, en avril dernier, Selma Bennani, présidente de la Fédération royale marocaine des sports aérobic, fitness, hip-hop et disciplines assimilées (FRMSAFH), détaillait les difficultés rencontrées par les pratiquants de ces danses urbaines pour trouver leur place au Maroc : « Quand on est minoritaire, on est pratiquement invisible. Les danses urbaines ont leur public, mais le Maroc reste une nation de football et d’athlétisme. Cela laisse peu de place à ces jeunes. En termes de financement aussi, ce n’est pas évident, mais durant ces trois décennies, nous avons appris à jouer des coudes pour les mettre en avant et faire découvrir leur art ».