Selon Hespress, le groupe socialiste a estimé que la généralisation des « écoles pionnières » pourrait prendre « de longues années au vu du rythme actuel », tout en dénonçant « un fardeau financier absorbé principalement par les équipements et infrastructures, qui, bien que nécessaires, ne constituent pas le cœur de la réforme ». Le recours à des cabinets étrangers pour évaluer le système éducatif a également été critiqué : « une démarche coûteuse, ignorant les compétences nationales et déconnectée du contexte culturel de l’élève marocain ».
“Le gouvernement approfondie les disparités au sein même de l’école publique. Nos enfants passent les mêmes examens avec des chances inégales dès le départ”
Le député Mohamed Abba a pour sa part dénoncé « l’inondation de circulaires » qui limite la marge de manœuvre pédagogique des enseignants. Il a fustigé « une expérience incomplète et marquée par une approche fragmentée », regrettant que le gouvernement « approfondisse les disparités au sein même de l’école publique »plutôt que de réconcilier public et privé. « Nos enfants passent les mêmes examens avec des chances inégales dès le départ », a-t-il affirmé.
“Un projet de marchandisation de l’école publique” selon l’opposition socialiste
Sa collègue Hanan Fatras a reproché à l’exécutif son absence de diagnostic préalable : « La fidélité du gouvernement au secteur privé est totale, alors que le ministère devrait jouer un rôle clé dans l’édification de l’État social ». Elle a reconnu que le projet est « un succès sur le papier, fondé sur des résultats de laboratoire », mais a insisté : « Les données ne résistent pas à la réalité ». Elle a cité les chiffres sur « l’abandon scolaire, les classes fusionnées, le laxisme moral et le gaspillage de l’argent public », estimant que « le projet échouera comme ses prédécesseurs, du pacte national au programme d’urgence ».
Selon elle, il s’agit d’un « projet de démantèlement des services sociaux, de marchandisation de l’école publique, imposé par des institutions financières internationales qui imposent des réformes nuisibles à l’essence même de l’acte éducatif ».
60 % des élèves marocains ne maîtrisent pas les bases de lecture
Mohamed Ouzzine (MP) a, de son côté, évoqué un « système éducatif meurtri, otage de politiques défaillantes » : « L’ignorance coûte plus cher que l’éducation », a-t-il lancé. Il a rappelé que « près de 39 ministres se sont succédé et 16 projets ont été tentés », avant de regretter l’abandon de la loi-cadre votée par tous les partis : « Un ministre a sabordé la vision stratégique d’un simple trait de plume », a-t-il dénoncé. Le résultat ? « Un retour à la case départ, de nouvelles concertations, alors que le dernier rapport mondial classe le Maroc 63e sur 72 pays ».
Sur le plan des compétences, il a indiqué que « 60 % des élèves marocains ne maîtrisent pas les bases de la lecture » et que « le pays est absent des classements universitaires africains ». Il a aussi interpellé le gouvernement sur le maintien de la limite d’âge de 30 ans pour accéder à l’enseignement, y voyant une remise en cause du statut de la fonction publique.
Un projet qualifié “d’atteinte au principe d’équité »
“Dire que le gouvernement a échoué n’est ni un mensonge ni une jubilation, c’est une constatation douloureuse fondée sur des données officielles”
Hassan Oumribet (PPS) a accusé le gouvernement de trahir les référentiels existants, comme le modèle de développement ou la loi-cadre : « La plupart de ses mécanismes sont aujourd’hui suspendus ou freinés », a-t-il déploré. Il a regretté que l’exécutif ait choisi « d’enfler les références, changer de ministre, et ajouter une nouvelle feuille de route », au lieu de capitaliser sur les acquis. Il a conclu : « Dire que le gouvernement a échoué n’est ni un mensonge ni une jubilation, c’est une constatation douloureuse fondée sur des données officielles ».
Enfin, Ibrahim Ajnin (PJD) a pointé un projet « en dehors des cadres constitutionnels et juridiques » et une atteinte au principe d’équité : « Certains élèves passent un examen national, d’autres un examen local, ce qui est contraire au cadre de certification ». Il a aussi révélé que « 2.544 élèves ont abandonné les 232 collèges pilotes depuis le début de l’année scolaire 2024/2025 », évoquant des données « choquantes » sur les niveaux de maîtrise scolaire. Il a dénoncé le recours à des évaluateurs externes et la « confusion entre références pédagogiques et managériales », ainsi que « l’imposition de la langue française au collège, en contradiction avec l’alternance linguistique prévue par la loi-cadre ».
Qu’est-ce qu’une école pionnière ?
Le programme des écoles pionnières repose d’abord sur une pédagogie structurée, reposant notamment sur des cours scénarisés (une mise en scène des activités afin de rendre l’apprentissage efficace, agréable et porteur de sens, ndlr) et ensuite sur une remédiation (accompagnement destiné à surmonter les difficultés et combler les lacunes des enfants, ndlr) ciblée par niveau d’apprentissage des élèves, et non par classe. Il repose aussi sur la spécialisation de certains certains professeurs du primaire, affectés à l’enseignement de l’arabe, du français et des mathématiques. Les écoles qui participent avec succès au programme sont identifiées par le biais d’un système de certification de qualité.
