En visite au Moyen-Orient, Trump ignore son allié israélien

La visite de Donald Trump cette semaine au Moyen-Orient, sans escale en Israël, illustre une dynamique nouvelle : les deux pays, alliés historiques, commencent à diverger sur plusieurs dossiers régionaux.

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Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Washington le 27 janvier, la veille de la présentation du “deal du siècle”. Les deux dirigeants auraient évoqué un accord win-win entre le Maroc et Israël. Crédit: SAUL LOEB / AFP

Iran, Yémen, Syrie… Le président américain enchaîne depuis quelques jours les annonces au risque de heurter les doctrines et le tempo d’Israël.

À tel point que la presse israélienne a fait état de tensions dans les relations entre Trump et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, que les deux parties continuent à présenter, publiquement, comme excellentes.

Les Etats-Unis ont obtenu lundi la libération d’un otage israélo-américain dans la bande de Gaza, une réussite là où Netanyahu est souvent critiqué pour son échec à faire revenir les 57 personnes toujours retenues dans le territoire palestinien depuis le 7 octobre 2023, jour de l’attaque sans précédent du Hamas en Israël.

Ce succès américain survient alors que Donald Trump affirme par ailleurs se rapprocher d’un accord avec Téhéran sur le nucléaire iranien, à rebours là aussi de la position israélienne. « Israël semble être mis à l’écart de ces négociations », note Eldad Shavit, spécialiste de politique étrangère à l’Institut des études nationales en sécurité (INSS) de Tel-Aviv.

Le président américain joue en solo

“Les relations historiques et l’affinité entre Israël et les Etats-Unis n’ont que très peu d’importance pour lui”

Yossi Mekelberg, analyste à Chatham House.

Illustration d’une position plus « conciliante », l’accord risque, selon Shavit, de « ne pas plaire » au gouvernement israélien qui exige un démantèlement complet des infrastructures nucléaires iraniennes. Avec les Houthis au Yémen ou le nouveau dirigeant syrien, le président républicain semble également jouer solo, sans prendre en considération l’allié israélien.

Les Etats-Unis ont récemment conclu un accord de cessez-le-feu avec les Houthis qui laisse à l’écart Israël, cible régulière de missiles lancés par les rebelles yéménites.

Une levée surprise des sanctions contre la Syrie

Jeudi soir encore, ces derniers ont revendiqué un tir de missile que l’armée israélienne dit avoir intercepté.

“Avec Trump, il n’y a jamais eu de lune de miel (avec Israël), tout est transactionnel : aujourd’hui tu m’intéresses, je suis ton meilleur ami, demain, je te laisse tomber”

Yossi Mekelberg, analyste à Chatham House

Sur la Syrie, Trump a créé la surprise mardi en annonçant la levée prochaine des sanctions, contrastant avec la position israélienne qui voit le nouveau régime syrien avec hostilité. « Les relations historiques et l’affinité entre Israël et les Etats-Unis n’ont que très peu d’importance pour lui », note Yossi Mekelberg, analyste à Chatham House.

« Avec Trump, il n’y a jamais eu de lune de miel (avec Israël), tout est transactionnel : aujourd’hui tu m’intéresses, je suis ton meilleur ami, demain, je te laisse tomber », dit-il.

« Si Trump ne vient pas en Israël c’est qu’il n’a rien à venir y chercher, il serait venu s’il y avait eu un accord pour la libération de tous les otages par exemple, il va là où il peut obtenir quelque chose », comme avec les contrats décrochés dans le Golfe, estime Shavit.

Trump continue de soutenir Israël

Cette inflexion ne signifie toutefois pas une remise en cause de l’alliance de longue date entre les deux pays. Les Etats-Unis continuent d’afficher leur soutien à Israël, malgré des appels croissants à une désescalade dans le conflit à Gaza venant notamment des pays européens.

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« Trump continue de donner à Netanyahu les pleins pouvoirs, un soutien total, y compris en armement », indique Mairav Zonszein, experte de l’International Crisis Group (ICG). Mais « on est dans un moment charnière, ça peut évoluer dans différentes directions ».

« Ce n’est pas seulement qu’il a fait libérer un otage américain, il tente de parvenir à un accord de cessez-le-feu (…) et je ne suis pas sûr que le gouvernement israélien soit sur la même ligne concernant l’après-guerre », abonde Shavit, longtemps conseiller ministériel.

Un agacement mutuel entre les deux dirigeants

Isolé sur la scène internationale, Israël essuie des critiques explicites: déclarations des Nations unies, procédures de la Cour pénale internationale… « Netanyahu doit faire très attention avec Trump car Israël a besoin de son soutien militaire et politique », dit Shavit. Le Premier ministre a toutefois suggéré dimanche qu’Israël devrait à terme « se sevrer » de l’aide militaire américaine, sans fournir d’explication.

Des médias israéliens rapportent un agacement mutuel entre les deux dirigeants, citant des indiscrétions de leurs équipes selon lesquelles l’Américain perdrait patience face à une guerre qui s’éternise, et l’Israélien serait furieux d’être mis sur la touche.

Pour Mekelberg, les derniers évènements révèlent en réalité une opposition qui ne date pas d’hier entre le positionnement à la fois idéologique et tactique d’Israël et le pragmatisme du locataire de la Maison Blanche.