Entre 2019 et 2023, le Maroc a connu une variation notable dans les cas signalés de traite des personnes. Le nombre d’infractions enregistrées est passé de 151 en 2019 à 110 en 2023, marquant une diminution initiale avant une légère reprise ces dernières années. En parallèle, les poursuites judiciaires ont connu une augmentation constante, atteignant 171 en 2023, contre 138 en 2020.
En 2023, les autorités marocaines ont identifié 169 victimes de la traite des êtres humains, soit une augmentation par rapport aux 155 recensées en 2022. Les formes d’exploitation les plus courantes restent l’exploitation sexuelle (128 cas en 2023) et le travail forcé (8 cas). Parmi les victimes, une proportion importante est constituée de femmes (44) et de filles (45), confirmant la vulnérabilité accrue des femmes et des enfants face à ce fléau.
Cependant, il est à noter que les victimes marocaines restent majoritaires (159 en 2023), tandis que le nombre de victimes étrangères demeure faible et stable (10 cas en 2023).
Le Maroc a mis en place une législation dédiée avec la loi n° 27-14 adoptée en 2016, alignée sur les standards internationaux. En 2023, 173 individus ont été condamnés pour des infractions liées à la traite, contre 102 en 2022. Parmi eux, 118 étaient des hommes et 54 des femmes.
Toutefois, plusieurs défis subsistent, notamment la nécessité de mieux protéger les victimes identifiées et d’assurer leur réintégration sociale. Par ailleurs, bien que les chiffres des infractions et des poursuites soient en augmentation, cela pourrait également refléter une réalité plus sombre : une traite encore largement sous-déclarée ou invisible.
À l’échelle mondiale, la traite des êtres humains reste un problème endémique, affectant des millions de personnes chaque année. Le rapport révèle que cette forme d’exploitation prend des dimensions variées : exploitation sexuelle, travail forcé, esclavage domestique, prélèvement d’organes et exploitation par le biais de pratiques comme le mariage forcé ou le recrutement d’enfants-soldats.
La région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), incluant le Maroc, connaît des dynamiques spécifiques. Alors que certains pays de la région, comme la Libye, restent des plaques tournantes en raison de l’instabilité politique, d’autres, comme les États du Golfe, attirent des victimes par le biais de fausses promesses d’emploi. Le rapport révèle également une forte corrélation entre la pauvreté, les conflits armés, et l’intensification des réseaux criminels.
En 2023, on estime que des milliers de victimes ont été identifiées dans la région MENA, avec une prépondérance de femmes et d’enfants parmi les cibles. Le travail forcé, notamment dans des secteurs tels que l’agriculture, la construction et les services domestiques, et l’exploitation sexuelle demeurent les principales formes de traite.
Sur le plan global, l’ONU a constaté une augmentation des signalements, mais cela est à mettre en perspective. D’une part, cela reflète des avancées en matière de détection et de signalement, grâce à des politiques renforcées et à la sensibilisation des populations. D’autre part, ces données indiquent que le phénomène s’adapte et persiste, exploitant des failles dans les systèmes juridiques et sociaux.
Certaines régions, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud, affichent des taux élevés de victimes identifiées, souvent des migrants en quête de meilleures opportunités économiques. En Europe et en Amérique du Nord, des réseaux transnationaux sophistiqués exploitent également des personnes dans des environnements urbains.
