Une ONG enquêtant sur les crimes de guerre, premier Nobel de la paix ukrainien

Le Centre des libertés civiques (CCL), une ONG documentant les crimes de guerre imputés aux troupes russes, est devenu le premier Nobel de la paix ukrainien, récompensé aux côtés de représentants des sociétés civiles russe et bélarusse.

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Un bâtiment endommagé à la suite d'un bombardement dans la deuxième plus grande ville d'Ukraine, Kharkiv, le 3 mars 2022. Crédit: Sergey Bobok / AFP

La décision du comité Nobel norvégien a provoqué le choc et la joie parmi les membres du CCL, organisation réputée mais peu connue du grand public. “Lorsque nous avons appris la nouvelle, nous avons été stupéfaits”, a déclaré aux médias la porte-parole du Centre des libertés civiques, Anna Trouchova. “Nous considérons ce prix comme une reconnaissance de notre activité”.

Fondée en 2007, l’organisation est dirigée par la défenseure des droits humains Olexandra Matviïtchouk, qui a appris la nouvelle alors qu’elle se trouvait à l’étranger en route vers l’Ukraine, et à la veille de son 38e anniversaire.

“C’est avant tout la récompense pour Olexandra”, qui “rassemble autour d’elle des gens incroyables et fait un travail immense en matière des droits de l’homme”, a déclaré à l’AFP Alissa Malytska, membre du conseil d’administration de l’ONG.

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Se disant “ravie” de recevoir la prestigieuse récompense, Mme Matviïtchouk a aussitôt appelé sur Facebook à juger devant un tribunal international le président russe Vladimir Poutine, son homologue bélarusse Alexandre Loukachenko “et d’autres criminels de guerre”.

Le Centre des libertés civiques s’est fait connaître après l’annexion en 2014 par la Russie de la péninsule de Crimée (sud), suivie d’un conflit armé avec des séparatistes soutenus par Moscou dans l’est de l’Ukraine.

L’ONG a lancé une campagne internationale réclamant la libération de prisonniers ukrainiens victimes de détentions arbitraires par les Russes et les séparatistes.

Le plus connu d’entre eux était le cinéaste Oleg Sentsov, réalisateur entre autres du film Rhino, présenté au festival de Venise (Italie) en 2021. Arrêté en Crimée après avoir protesté contre son annexion, M. Senstov avait passé cinq ans dans les prisons russes, avant d’être finalement libéré en 2019, lors d’un échange de prisonniers entre l’Ukraine et la Russie.

“C’est elle (Olexandra Matviïtchouk,) qui a lancé l’idée de la campagne internationale #SaveSentsov”, a raconté à l’AFP Olexandre Starodoubtsev, chef adjoint de l’agence nationale anti-corruption, qui a participé avec la jeune femme à un programme pour des jeunes leaders ukrainiens à l’université américaine de Stanford en 2017-2018. “Lessia (diminutif d’Olexandra) est très puissante et confiante en ce qu’elle fait”, a-t-il fait valoir.