Depuis neuf ans, la voiture la plus vendue aux particuliers en Europe ne sort pas d’une usine allemande ou française. Elle sort de Roumanie, mais aussi de Casablanca et de Tanger : dans la ville du détroit, l’usine Renault assemble la Dacia Sandero. Le 12 juin, Renault a pourtant cosigné, avec Stellantis et Volkswagen, un courrier aux eurodéputés pour que l’étiquette « européenne » soit réservée aux seuls véhicules produits dans l’UE et l’Espace économique européen. Tanger n’en fait pas partie.
Cette lettre s’inscrit dans un texte plus large que la Commission européenne a présenté le 4 mars, l’Industrial Accelerator Act, qui doit définir ce qu’est une voiture européenne. Le seuil de départ : au moins 70% de la valeur d’un véhicule électrique devrait venir d’Europe. Sur ce chiffre, les trois constructeurs n’ont pas d’objection. Leur désaccord porte sur ce qui doit être compté dans ces 70% : ils veulent y inclure l’assemblage, l’ingénierie et la R&D.
Concrètement, pour un véhicule vendu 30.000 euros, le seuil de 70% impose qu’au moins 21.000 euros sur 30.000 soient produits en Europe. Les 9000 restants peuvent continuer à venir du Maroc ou d’un autre pays tiers, sans que le véhicule perde son statut.
Mais que change vraiment ce label ? Une voiture qui ne le décroche pas ne sera pas interdite de vente, elle pourra toujours être importée et vendue dans l’UE comme les autres. Elle perdra l’accès à l’argent public : les commandes de l’État pour ses flottes, les aides aux entreprises qui renouvellent les leurs, et les primes à l’achat pour les particuliers. C’est cet aspect-là que les trois groupes négocient dans leur courrier.
