Notre dossier « Transition énergétique : le vrai bilan qui n’a jamais été présenté », en kiosque cette semaine, se penche sur un écart : celui entre les 46 % de capacité renouvelable que le gouvernement brandit et les 4 % d’énergie verte réellement consommée par le pays, et sur trois chantiers — gaz, autoproduction, voiture électrique — mis en veille au bénéfice de ceux qui vivent du fossile.
Nous avons pu discuter de nos conclusions avec la principale responsable du secteur. La ministre de la Transition énergétique et du Développement durable Leila Benali a pris le temps de nous recevoir dans son ministère et de répondre, une heure durant, à nos questions, y compris les plus inconfortables. En voici quatre extraits.
TelQuel : Le gouvernement met en avant 46 % de renouvelable dans la capacité électrique installée. Mais rapporté à toute l’énergie consommée par le pays — transport et industrie compris —, le vert ne pèse en réalité que 4 %. Pourquoi communiquer sur le premier chiffre et pas sur le second, qui pourrait pousser à faire davantage ?
Leila Benali : Parce que ce 4 % est un levier purement théorique. Comment électrifier aujourd’hui des secteurs lourds comme les aciéries ou les cimenteries ? Les obstacles techniques et financiers restent considérables. Le seul secteur où nous avons une vraie montée en puissance du renouvelable, c’est l’électricité. Et je n’ai pas encore rencontré de Marocain qui veuille une consommation 100 % électrique. Dans le maritime, on est encore très loin du carburant vert ; dans l’agriculture, nous avons fait un travail énorme sur le pompage solaire.
Le 28 janvier, le roi Mohammed VI préside une réunion qui fait du terminal gazier de Nador un pilier de la souveraineté énergétique. Cinq jours plus tard, votre ministère suspend l’appel d’offres. Que s’est-il passé entre les deux ?
Le ministère n’a pas suspendu le projet : il a reporté l’appel d’offres.
