Deux villes, deux destins à méditer. D’un côté, Babel : une tour démesurée, érigée au nom de la toute-puissance, jusqu’à ce que les langues se brouillent et que la communauté se disloque. De l’autre, Jérusalem, que Néhémie relève non par la force d’un homme seul, mais par l’engagement de tout un peuple. Chacun apporte sa pierre, les liens humains précédant les murs. Entre ces deux récits bibliques, que le pape Léon XIV cite dès l’introduction de l’encyclique Magnifica Humanitas, publiée le 25 mai dernier, il glisse une question très contemporaine : celle de l’intelligence artificielle.
Voulons-nous, se demande-t-il, bâtir des systèmes qui concentrent le pouvoir et uniformisent les comportements, ou des outils capables de renforcer la coopération et le bien commun ? C’est tout l’enjeu de Magnifica Humanitas.
Le choix du format n’est pas anodin. Les encycliques comptent parmi les textes les plus importants qu’un pape puisse publier, réservés aux sujets que le Vatican juge décisifs pour l’avenir de l’humanité. Plusieurs ont marqué leur époque : Rerum Novarum, en 1891, sur la condition ouvrière à l’ère industrielle ; Laudato Si’, en 2015, sur l’environnement ; Fratelli Tutti, en 2020, sur la fraternité… En consacrant l’une d’elles à l’IA, le Vatican la hisse au rang des grandes bascules civilisationnelles.
