Annie Ernaux, prix Nobel de littérature : “La notoriété est pour moi quelque chose d’insupportable”

À 86 ans, Annie Ernaux n'a rien perdu de sa franchise. De passage à Rabat pour le Salon international de l'édition et du livre (SIEL), la Prix Nobel de littérature 2022 parle de l'écriture comme d'une nécessité, de la notoriété comme d'un fardeau, et de la mémoire comme d'une matière première infiniment fragile.

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Annie Ernaux, prix Nobel de littérature : “La notoriété est pour moi quelque chose d’insupportable”. Crédit: DR

Deux soirées à guichet fermé pour Annie Ernaux à Rabat, avec dès la première des spectateurs restés à la porte. Au SIEL 2026, où elle était invitée par l’Institut français du Maroc, face aux questions parfois trop théoriques qui lui sont adressées, l’écrivaine de 86 ans répond simplement : « Écrire est plus simple que tout cela. »

Si elle est aujourd’hui érigée en icône, plus encore depuis son Prix Nobel de littérature en 2022, Annie Ernaux ne veut parler que de son centre de gravité : l’écriture, et non le statut d’écrivain.

TelQuel : Comment allez-vous, Annie Ernaux, depuis votre Prix Nobel de littérature en 2022 ? 

Annie Ernaux : Je vais certainement moins bien qu’avant. La notoriété est, pour moi, quelque chose d’absolument insupportable, qui ne correspond pas du tout à l’idée que j’ai de l’écriture et de la littérature. Lorsque j’avais 22 ans, l’idée d’écrire est véritablement entrée dans ma vie, mais c’était pour ce que j’écrirai, et non pas pour ce que je représenterai.

Lorsque j’ai été publiée, à 33 ans, j’ai surtout pensé à écrire des livres qui seraient nécessaires, et pas motivés par le désir de publier. Par ailleurs, j’avais toujours conscience que je devais conserver mon métier d’enseignante, pour me libérer de tout souci matériel.

Le statut d’écrivain ne vous a jamais véritablement préoccupée. Dans votre livre d’entretiens avec Frédéric-Yves Jeannet, L’écriture comme un couteau (2003), vous dites : “Je ne me pense jamais écrivain”… 

Oui, et je n’en changerai pas un mot aujourd’hui. Cela dit, ce dont je suis consciente et que je considère comme quelque chose d’extrêmement positif, c’est que quand j’ai eu le Prix (Nobel), beaucoup de femmes et d’hommes m’ont dit que, quelque part, ils se sentaient représentés. Certains allaient jusqu’à dire : “C’est comme si on avait eu le Nobel”. Il y a là quelque chose qui me dépasse, et qui me touche profondément.

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