L’anthropologue et historien retrace, avec la rigueur d’un travail archivistique considérable et la finesse d’une connaissance intime du terrain, l’ultime acte d’une domination espagnole qui n’a cessé, depuis les années 1960, de préparer méthodiquement sa propre métamorphose plutôt que son retrait pur et simple.
Sous le franquisme, l’Espagne avait une stratégie cohérente et patiente : provincialisation administrative du territoire, fabrication progressive d’un “sentiment national” sahraoui, élaboration d’un projet d’autonomie destiné à conduire à l’indépendance d’un État fantoche entièrement dépendant de Madrid. Cette ingénierie politique, déployée sur plus d’une décennie, visait à perpétuer l’influence espagnole sous des formes nouvelles, en façonnant les contours d’une entité dépendante et docile, taillée à la mesure des intérêts coloniaux.
«Sahara 1975 : Crépuscule de la colonisation espagnole»
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L’année qui a tout changé
Mais l’année 1975 précipite l’effondrement de cet édifice patiemment construit : la maladie du Caudillo affaiblit le pouvoir madrilène, les rivalités régionales s’exacerbent, les tractations diplomatiques se multiplient et la saisine de la Cour internationale de Justice par le Maroc transforme le Sahara en théâtre d’affrontements politiques, juridiques et symboliques majeurs.
Le 16 octobre 1975 ouvre alors une séquence inédite et déterminante. La Marche Verte, mobilisation pacifique de 350.000 Marocains venus de toutes les régions du royaume, bouleverse durablement les rapports de force et impose une nouvelle réalité aux chancelleries occidentales. Cet acte populaire, à la fois geste politique et affirmation nationale d’une rare puissance symbolique, conduit à la signature de l’Accord de Madrid, par lequel la colonisation espagnole vit ses dernières heures sur le continent africain.
L’événement marque une rupture historique décisive, mais il n’éteint pas pour autant les ambiguïtés qui entourent le retrait espagnol. Entre novembre 1975 et février 1976, l’ultime acte de Madrid se déploie au rythme des hésitations, des manœuvres dilatoires et des voltes-faces successives. Loin d’un désengagement franc et assumé, l’Espagne accompagne sa sortie de calculs contradictoires qui contribuent à enraciner le différend au-delà de la fin de sa présence effective.
Rahal Boubrik analyse avec finesse cette diplomatie de la dernière heure, dont les ambivalences et les arrière-pensées ont pesé durablement sur la suite du dossier saharien et sur la trajectoire régionale.
Documenté, précis et nourri d’une perspective rare, ce livre offre le récit lucide du crépuscule d’une longue domination coloniale en Afrique. Il restitue à l’événement toute sa profondeur historique et éclaire, par le détail patient des sources, la manière dont s’achèvent — et parfois se prolongent insidieusement — les empires.
«Sahara 1975 : Crépuscule de la colonisation espagnole»
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Sahara 1975 : crépuscule de la colonisation espagnole, de Rahal Boubrik, aux éditions La Croisée des chemins.
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