L’UGTM veut tourner la page d’Enaâm Mayara qui dirige cette centrale syndicale depuis mai 2017 après avoir orchestré l’éviction de Hamid Chabat. Le 13 avril, dans un message diffusé aux militants de son syndicat, il a annoncé qu’il ne se présentait pas pour un nouveau mandat, convoquant par la même occasion un congrès extraordinaire qui aura lieu le 26 de ce mois à Salé. Mais pourquoi et le parti et le syndicat s’étaient-ils donné le mot pour renvoyer Enaâm Mayara ?
Lâché même par les siens
La fronde contre Enaâm Mayara a commencé depuis plusieurs mois, voire depuis qu’il a réussi à arracher un nouveau mandat à la tête de l’UGTM lors du 12ème congrès national en février 2024. On lui reproche, pêle mêle, d’avoir mal géré les affaires de la centrale syndicale, voire d’avoir même permis de brader ses biens dont des locaux dans les environs de Fès, comme l’en accusera publiquement Driss Abelhad, responsable régional de l’UGTM, sans apporter de preuves. Et les coups ont continué de pleuvoir depuis. Fait chargé de messages, ce sont les représentations locales de l’UGTM à Laâyoune, Smara, Boujdour et Tarfaya qui demandent son départ, sachant qu’il est natif de la deuxième ville où il a fait ses premiers pas dans le militantisme syndical en tant que représentant des salariés des collectivités locales.
Lauréat de l’Institut agronomique et vétérinaire (IAV), Enaâm Mayara était responsable des espaces verts à Smara, puis à Laâyoune. Et à Laâyoune justement, les Ould Errachid, sa belle-famille, n’a rien fait pour voler à son secours alors que c’est cette famille qui fait la pluie et le beau temps au sein du parti de l’Istiqlal. Les tirs groupés contre lui se sont intensifiés quand il a quitté la présidence de la Chambre des conseillers pour y être remplacé par Mohamed Ould Errachid. “Même en tant que président de la Chambre des conseillers, il n’a pas laissé une bonne impression ni par son mode de management, ni par la manière dont il traitait avec tout le monde”, commente un jeune cadre de l’Istiqlal.
Fin mars 2026, il reçoit un nouveau coup dur de la part de sa formation politique. Il organise, à grands frais, les célébrations du 66ème anniversaire de l’UGTM à Fès. Un rendez-vous que sèchent Nizar Baraka, secrétaire général du parti, les principaux dirigeants du PI ainsi que la majorité des parlementaires. Enaâm Mayara saisit le message et décide de passer la main, justifiant sa décision de céder la place par le souci de préserver l’unité de l’UGTM dans une conjoncture assez sensible pour le syndicat et les travailleurs en général. Son dernier baroud d’honneur a eu lieu vendredi dernier lors du lancement, par le chef du gouvernement, d’un nouveau round du dialogue social. En fin de compte, il aura subi le même sort réservé à Hamid Chabat suite à une longue fronde et celui que le même Chabat a fait subir à feu Abderrazak Afilal fin janvier 2006.
Avec la baraka de Baraka
Pour le moment et sauf surprise de dernière minute, c’est le jeune Youssef Allakouch qui est pressenti pour prendre le relais à la direction de l’UGTM. Les dirigeants qui comptent se rangent derrière lui. Rompant avec une certaine réserve quand il s’agit de la cuisine interne de la centrale syndicale, Nizar Baraka lui a publiquement apporté son soutien.
Youssef Allakouch est secrétaire national de la Fédération autonome de l’enseignement, l’un des syndicats qui pèsent le plus dans le secteur de l’enseignement. Dans la vie civile comme dans sa carrière syndicale, Youssef Allakouch est un militant acharné. Il a commencé sa carrière en tant qu’instituteur dans le primaire avant de devenir professeur au lycée puis directeur d’établissement avant d’être nommé à diverses fonctions administratives. Diplômé en droit et en sociologie, c’est un fin négociateur qui sait comment forcer la main, quand il faut, à ses interlocuteurs et comment lâcher du lest pour obtenir un acquis après l’autre.
Lors des négociations pour l’élaboration d’un nouveau statut de base pour les fonctionnaires, son rôle a été déterminant dans l’aboutissement à un texte accepté par tout le monde. Youssef Allakouch, au sein de l’UGTM, est passé par toutes les étapes, simple militant de base, patron d’une section locale puis responsable régional et enfin secrétaire national du syndicat de l’enseignement qui revendique plusieurs dizaines de milliers de membres. Aujourd’hui syndicaliste à plein temps bénéficiant du détachement syndical, il a assumé également et pendant de longues années, les fonctions de porte-parole de l’UGTM.
Lors du congrès extraordinaire du 26 avril, et outre l’élection d’un nouveau secrétaire général, il sera aussi question de désigner une nouvelle direction. Les militants de cette centrale syndicale exigent que Enaâm Mayara rende des comptes sur la période qu’il a passée au poste de SG, chose qu’il a promis de faire avec des rapports détaillés et chiffrés.
L’UGTM, en plus d’une forte présence dans la fonction publique et le secteur privé, est l’une des principales forces politiques à la Chambre des représentants où il compte sept sénateurs. Ce groupe d’élus syndicalistes travaille main dans la main avec 17 conseillers de l’Istiqlal. En tout, les deux représentent plus que le sixième des membres de cette institution.
