Dans le monde agricole, cette évolution accompagne la stratégie Génération Green 2020-2030, lancée en février 2020 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste.

Pour Majid Lahlou, Inspecteur général au ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts, et Commissaire à la CNDP, cette transformation produit déjà des “flux de données massifs” à travers les capteurs IoT, les drones, les plateformes d’agrégation et les dispositifs de traçabilité. Il cite des données foncières, des rendements, des pratiques culturales, mais aussi, dans certains cas, des données personnelles sur les agriculteurs.
Dans ce contexte, certaines initiatives nationales montrent la voie. À titre d’exemple, le programme Al Moutmir, porté par l’OCP Group, permet d’accompagner les agriculteurs via des plateformes digitales, des analyses de sol et des recommandations personnalisées, et engendre la collecte et l’exploitation de données à grande échelle.
Un autre exemple est celui de Cosumar, qui a développé le programme Attaissir afin de digitaliser la relation avec les agriculteurs et les partenaires. Suivi des cultures, optimisation des rendements, gestion des campagnes, autant de fonctionnalités qui reposent sur des flux de données continus.
Majid Lahlou souligne par ailleurs le rôle de Data-tika, une initiative portée par la CNDP, dont le déploiement dans le secteur agricole vise à rapprocher la régulation du terrain et à mieux sensibiliser, accompagner et encadrer les acteurs dans la gestion de leurs données.
Lors de la signature de la convention Datatika entre la CNDP et la Chambre régionale d’Agadir Souss-Massa en février 2026, une start-up marocaine développant des plateformes de gestion agricole par l’intelligence artificielle a indiqué que, grâce à son alignement avec la loi 09.08, ses solutions sont aujourd’hui déployées dans plusieurs pays de l’Union européenne.
En santé, le sujet touche au plus intime

Dans le champ médical, le niveau de vigilance monte nettement. Pr Karim Ouldim, Président de la Société marocaine de génétique médicale, rappelle qu’“à l’échelle mondiale, la génomique a dépassé le cadre académique pour devenir un levier majeur de la pratique médicale, de la recherche translationnelle et des applications médico-légales”.
Il cite le diagnostic des maladies rares, la cancérologie de précision, la pharmacogénomique et la stratification du risque. Mais il ajoute qu’aujourd’hui, “le principal défi n’est plus technologique, mais éthique, réglementaire et organisationnel”.
Le rapport d’experts élaboré entre 2022 et 2025 sous l’égide de la CNDP constitue, selon lui, “une référence nationale majeure” pour la protection des données génétiques et génomiques au Maroc.
Pr Karim Ouldim insiste sur leur caractère “hautement identifiable” et sur les risques associés, “notamment en matière de discrimination et d’atteinte à la vie privée”. Il rappelle aussi que le document formule 17 recommandations, avec un accent fort sur le consentement libre, la sécurité, la traçabilité, le contrôle des accès et l’encadrement du partage des données.
L’agriculture comme la santé le montrent clairement. À mesure que les usages numériques progressent, la question n’est plus seulement de collecter ou d’exploiter des données, mais de fixer un cadre de confiance autour de leur usage, de leur protection et de leur circulation.
