Le décor est posé avec une froideur chirurgicale. Un stratège américain, un décideur israélien et leurs alliés internationaux se réunissent autour d’une table pour dessiner l’avenir de Gaza. Leur projet porte un nom séduisant — “Gaza Azure” — et promet la modernité, la prospérité et la stabilité.
Sur le papier, tout brille : des complexes touristiques de luxe, des marinas ouvertes sur la Méditerranée, des centres de données dernier cri. Le territoire meurtri deviendrait une vitrine technologique, un paradis pour investisseurs.
Mais derrière les maquettes et les tableurs se cache une réalité brutale. Pour que “Gaza Azure” voie le jour, il faut d’abord vider Gaza de ses habitants. L’exil est maquillé en relogement volontaire, le déplacement forcé prend les habits d’un programme humanitaire. Les caméras sont tenues à distance, les récits contrôlés, la mémoire palestinienne méthodiquement effacée sous des tonnes de béton neuf.
Cheddadi décrit avec précision les mécanismes d’une entreprise de dépossession où chaque étape est planifiée, chaque objection anticipée, chaque résistance neutralisée par le langage de la diplomatie et du développement.
«Gaza, L’aube d’un nouveau monde ?»
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Un réalisme glaçant
Pourtant, face à cette machine, des voix refusent de se taire. Ce sont celles de médecins qui continuent de soigner sous les décombres, de professeurs qui enseignent dans des salles éventrées, de poètes qui transforment la douleur en mots. Jeunes et anciens, ils incarnent une résistance qui ne passe pas par les armes mais par le refus de l’oubli. Ils disent l’indicible, nomment ce que les communiqués officiels cherchent à effacer, et défendent un droit fondamental : celui d’exister sur sa propre terre.
Le roman de Cheddadi tire sa force de son réalisme glaçant. Ce qu’il décrit comme fiction résonne avec une troublante familiarité. Les discours sur la reconstruction, les plans de développement économique imposés de l’extérieur, la normalisation du déplacement de populations… tout cela appartient au vocabulaire de notre époque.
L’anticipation, ici, n’est pas tant une projection dans le futur qu’un miroir tendu au présent. Historien, philosophe et romancier, Abdesselam Cheddadi — auteur notamment d’une biographie romancée d’Ibn Khaldûn, fondateur du Magazine Littéraire du Maroc — apporte à ce texte une profondeur intellectuelle rare. Son écriture conjugue rigueur analytique et souffle littéraire, faisant de Gaza, l’aube d’un nouveau monde ? bien plus qu’un simple roman à thèse. C’est une invitation à ouvrir les yeux, et à croire qu’un autre chemin reste possible.
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Gaza, L’aube d’un nouveau monde ? de Abdesselam Cheddadi, aux éditions Le Fennec.
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