La chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès, statuant sur le procès impliquant un célèbre psychiatre de la ville poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation dont la traite d’êtres humains, a rendu son verdict en début de soirée du lundi 2 mars.
S.O.I., le principal accusé, a écopé de 20 ans de prison ferme assortis d’une amende de 200.000 dirhams. Son cousin, B.I., a été condamné à 5 ans de prison ferme et une amende de 50.000 DH pour participation, possession, consommation et distribution de drogues dures.
S.L., photographe et l’un des rabatteurs du psychiatre, a eu droit à 6 ans de prison et une amende de 10.000 DH. Y.E., infirmier de son état, a écopé d’une année de prison et une amende de 5.000 DH pour exercice illégal d’une profession réglementée. La même peine de prison, assortie d’une amende de 20.000 DH, a été le lot d’un ressortissant belge qui gère un établissement hôtelier aux environs de la ville. Son employée, F.Z., a également écopé d’une année de prison et une amende de 5.000 DH.
M.I.A., professeur universitaire de psychologie, a été condamné à six mois de prison et une amende de 5.000 DH.
Psy, charlatan et manipulateur
L’affaire a éclaté au début de l’été dernier. Dénoncé par sa femme, une plainte est déposée par une première victime, ouvrant la voie à une série d’autres plaintes de la part de jeunes femmes souffrant de troubles psychiques à divers degrés.
S.O.I., dans son cabinet comme chez lui ou alors dans l’établissement hôtelier de son ami le ressortissant belge, leur administrait des doses de drogues dures pour abuser d’elles. Dans son cabinet, selon des sources judiciaires, il commençait les “séances de soins” passées 19 heures et retenait ses patientes jusqu’à des heures impossibles de la nuit. L’une d’entre elles raconte aux enquêteurs comment elle a été fortement surprise de voir son médecin commencer à jouer de la guitare, puis lui demander de sniffer une dose d’une poudre blanchâtre avant de lui débiter des propos décousus et incompréhensibles. Par la suite, il en était venu à des attouchements sur sa patiente, qui a fini par tout saisir et décamper, pour revenir le voir lors d’au moins 30 autres séances.
Dans l’établissement hôtelier de son complice belge, il réservait des chambres à ses patientes-victimes sans que cela ne figure sur les registres du riad.
S.O.I. aimait aussi documenter les sévices qu’il faisait subir à ses victimes en recourant aux services du photographe S.L., qui assurait par ailleurs la promotion de son cabinet sur les réseaux sociaux et avec lequel il était lié par des rapports sexuels entre hommes.
La justice reproche à S.O.I. d’avoir permis au professeur universitaire et à l’infirmier d’exercer dans son cabinet, moyennant commissions, alors qu’ils n’avaient ni la qualité ni les compétences pour le faire.
