On attendait un verdict. Ça a fini en numéro d’équilibrisme. On espérait une décision qui refermerait la plaie. Elle l’a au contraire ravivée. La CAF a tranché. Ou plutôt, elle a essayé. Après les incidents hallucinants qui ont entaché la finale de la CAN 2025, l’instance disciplinaire a livré sa copie. Une copie très attendue, censée apaiser les esprits, clarifier les responsabilités, rappeler qu’il existe encore une hiérarchie des fautes dans le football africain. Résultat : personne n’est apaisé. Et surtout pas au Maroc.
“Le cœur du problème est mis sous le tapis. La vraie question était simple : comment qualifier le départ de l’équipe, l’arrêt du match ?”
Sur le papier, les sanctions infligées au Sénégal peuvent donner l’illusion de la fermeté. Des suspensions, des amendes (615 000 dollars pour la fédération, 100 000 pour Pape Thiaw), des chiffres qui claquent. Mais dans le fond, le cœur du problème est soigneusement évité. Contourné. Mis sous le tapis. La vraie question était simple, presque brutale : comment qualifier juridiquement le départ de l’équipe, l’arrêt du match ? Sur ce point-là, silence radio. Pas un mot clair. Pas de reconnaissance officielle de l’abandon sénégalais. Les désordres sont sanctionnés, mais les Lions de la Teranga ne sont pas désignés coupables de les avoir déclenchés. Comme si on tentait d’éteindre un incendie sans s’attaquer au feu.
À l’inverse, le Maroc, lui, découvre la rigueur dans toute sa splendeur. Une sévérité presque scolaire, méthodique, cumulative. Achraf Hakimi suspendu deux matchs, dont un avec sursis. Ismaël Saibari privé de terrain pour trois matchs. Et la Fédération royale lourdement sanctionnée (315 000 dollars). Comme si le pays hôte devait, coûte que coûte, payer pour que le verdict paraisse équilibré.
Et puis vient ce moment. Celui où l’on soupire. Où l’on se dit avec fatigue : tout ça pour ça ! La montagne n’a pas accouché d’une souris, mais d’une fourmi. Les sanctions infligées au Sénégal – cinq matchs pour son sélectionneur, deux pour Ndiaye et Sarr – ne disent rien de la gravité des faits. Elles ne choquent pas. Elles n’impressionnent pas. Pire encore, elles banalisent. Les concernés en rigoleraient presque. On n’attendait pas, naïvement, que le titre soit rendu au Maroc dans un bureau. Ce qu’on espérait, au moins, c’était un signal fort, clair. Comme, par exemple, un Sénégal privé de défendre, lors de la prochaine CAN, une couronne gagnée dans le chaos. Il n’en sera rien.
Car avec ce verdict, la CAF ne referme pas un dossier. Elle ouvre une brèche. Elle donne raison au chaos. Demain, une sélection pourra quitter le terrain, provoquer l’arrêt d’un match puis revenir quand bon lui semble. Au pire, il y aura quelques matchs de suspension, quelques centaines de milliers de dollars à régler. Comme si tout se soldait en dollars. Et jamais en principes. Ce qu’on voulait, c’était simplement pouvoir respirer. Sentir que l’injustice du 18 janvier avait été reconnue, sanctionnée comme telle.
Le rejet sec de la réclamation marocaine, sans explication détaillée, n’a fait qu’accentuer le malaise. Pas de débat public. Pas de pédagogie. Sans le courage institutionnel qu’exigeaient pourtant une finale interrompue, des joueurs quittant la pelouse, des tribunes sous tension, un match suspendu sous les yeux du Prince Moulay Rachid et du président de la FIFA… Un précédent majeur, traité comme un simple incident. Ce verdict ne soulage rien. Il n’éteint pas la colère, il l’entretient. Il ne répare pas, il politise. Et il laisse cette impression tenace que, même après le coup de sifflet final, le Maroc a continué à jouer seul contre tous.
