Karim Boumehdi : “La sécurité des grands événements se joue bien avant le premier coup d'envoi”

À l’heure où le Maroc enchaîne les grands rendez-vous internationaux, les enjeux de sûreté changent d’échelle. Anticipation des risques, protection des infrastructures sensibles, maîtrise des accès et des données : la sécurité se pense désormais bien en amont des événements. Décryptage avec Karim Boumehdi, président de KBK Conseil, cabinet de conseil pluridisciplinaire spécialisé en sûreté et sécurité. 

Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux liés à l’organisation de grands événements au Maroc 

Karim Boumehdi, président de KBK ConseilCrédit: DR

Les enjeux ont profondément évolué. Il ne s’agit plus seulement d’assurer la sécurité visible le jour de l’événement, mais de protéger un écosystème dans son ensemble : infrastructures, flux humains, données sensibles, image du pays et crédibilité institutionnelle. Chaque échéance internationale place le Maroc sous les projecteurs et met à l’épreuve sa capacité d’anticipation.

La sûreté commence bien en amont, par l’analyse des risques, la coordination des acteurs publics et privés, la maîtrise des accès et l’intégration cohérente des technologies. Un événement réussi est avant tout un événement pensé dans sa globalité, bien avant son lancement officiel.

Quelle place occupe la souveraineté sécuritaire dans ce contexte ?

“La souveraineté sécuritaire implique de savoir qui conçoit, qui exploite et qui a accès aux dispositifs”

Karim Boumehdi, président de KBK Conseil

C’est un point central. La dépendance excessive à des technologies ou à des prestataires étrangers peut créer des vulnérabilités, notamment en matière d’accès à l’information sensible. Elle peut exposer un pays à des risques d’ingérence, parfois invisibles à court terme. La souveraineté sécuritaire implique de savoir qui conçoit, qui exploite et qui a accès aux dispositifs. Elle suppose aussi une maîtrise humaine, organisationnelle et technologique. Chez KBK Conseil, nous faisons le choix de nous appuyer sur des profils très expérimentés et sur une gouvernance stricte des accès, afin de limiter ces vulnérabilités.

Ces exigences concernent-elles uniquement les grands événements et les acteurs institutionnels ?

Absolument pas. La culture de la sûreté doit irriguer l’ensemble du tissu économique. Une entreprise, même de taille modeste, engagée sur un marché public ou opérant dans un secteur sensible, peut exposer tout un système par une faille humaine, numérique ou organisationnelle. La sûreté ne doit pas être pensée comme une réponse ponctuelle à une crise, mais comme une culture à installer dans le temps, à travers la formation, l’accompagnement et la responsabilisation des acteurs.