Maroc-Tanzanie : la chasse aux démons peut enfin commencer

Trois matchs pour atteindre la finale. Un seul, ce dimanche, pour enfin regarder la Coupe d’Afrique droit dans les yeux. Face à la Tanzanie, le Maroc n’a pas seulement rendez-vous avec un huitième de finale. Il retrouve son histoire, ses échecs, ses cicatrices. Et l’obligation, absolue, de tourner la page.

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Déjà qualifiés pour la Coupe du Monde 2026, les Lions de l'Atlas ont parachevé leur parcours immaculé aux éliminatoires africaines avec une 10e victoire sur 10 face à la RD Congo (1-0), mardi soir au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Crédit: Rachid Tniouni

Trois. Ce n’est pas seulement le nombre de matchs à remporter par les Lions de l’Atlas pour atteindre la finale de cette Coupe d’Afrique des Nations. C’est aussi, et surtout, le nombre de victoires du Maroc en phase finale de la CAN dans toute son histoire. L’Algérie en quart et le Mali en demi-finale en 2004. Le Malawi en 2021. Trois succès en plus d’un demi-siècle de compétitions à élimination directe. Une statistique lourde, presque gênante, qui raconte mieux que de longs discours pourquoi la CAN reste, pour le Maroc, une montagne jamais vraiment gravie.

Depuis cinquante ans, la sélection nationale avance dans cette compétition avec un poids invisible sur les épaules. Celui des rendez-vous manqués, des scénarios cruels, des penaltys ratés et des fins de tournoi prématurées. À domicile aujourd’hui, portée par une génération dorée et un pays en ébullition, elle n’a pourtant jamais semblé aussi bien armée pour affronter ses démons. Encore faut-il accepter de les regarder en face.

Un huitième pour oublier les traumatismes

La vraie chasse commence ce dimanche face à la Tanzanie. Pas contre un géant du continent, ni face à une nation historique, mais contre un adversaire qui rappelle une évidence trop souvent oubliée : en Coupe d’Afrique, personne ne donne rien. Ce match est celui qui doit permettre au Maroc de tourner la page des souvenirs douloureux, d’effacer les images qui reviennent trop souvent au moment des matchs couperets.

Le penalty manqué de Hakim Ziyech face au Bénin, en 2019. Celui d’Achraf Hakimi contre l’Afrique du Sud, l’an dernier, au moment où tout semblait encore possible. Les Bafana Bafana, d’ailleurs, pourraient à nouveau se dresser sur la route des Lions plus loin dans la compétition. Autant de cicatrices encore fraîches, que seul un parcours solide peut finir par refermer.

Sur le papier, ce huitième paraît à la portée du Maroc. Les Lions restent sur une prestation convaincante face à la Zambie, avec davantage de maîtrise, plus de justesse et cette impression, enfin, d’une équipe qui monte en régime. Mais la CAN ne pardonne ni l’excès de confiance ni les départs timorés. La première mi-temps du match d’ouverture, crispée et laborieuse, est encore dans toutes les têtes. À ce stade, se voir trop beau serait la plus grande des erreurs.

Gamondi, la Tanzanie et le piège africain

En face, la Tanzanie avance sans le poids de l’histoire, mais avec une vraie ambition. Elle retrouve une phase à élimination directe de CAN avec l’envie de s’inscrire dans la durée et de prouver qu’elle a sa place à ce niveau. Surtout, elle est dirigée par un sélectionneur qui connaît parfaitement le football marocain et ses spécificités.

Passé par le Hassania d’Agadir, le MAS de Fès et le Wydad de Casablanca, Miguel Gamondi n’arrive pas en terrain inconnu. Il sait comment évoluent les équipes marocaines sous pression, il connaît leur rapport émotionnel à la compétition, leur capacité à alterner moments de domination et phases de doute. À lui de tenter d’exploiter la moindre hésitation.

La Tanzanie s’appuiera sur un bloc discipliné, sur l’impact de ses joueurs locaux et sur cette insouciance qui fait parfois basculer les matchs de CAN. Pour le Maroc, l’équation est simple : imposer le rythme, éviter les temps morts et surtout, frapper au bon moment.

Une génération attendue au tournant

Côté marocain, Walid Regragui dispose d’un effectif riche, expérimenté et désormais habitué aux grandes scènes. Des joueurs de classe mondiale, dont certains sont en pleine confiance depuis le début de la compétition. Ayoub El Kaabi, efficace et clinique. Brahim Diaz, de plus en plus influent dans le jeu et désormais décisif dans les zones qui comptent.

Mais le sélectionneur le sait : la CAN ne se gagne jamais avec onze hommes. Elle se remporte avec un groupe, une gestion fine des temps forts et une capacité à répondre aux imprévus. Les matchs qui arrivent sont souvent les plus difficiles, ceux où la tension monte d’un cran et où la moindre erreur se paie cash.

Regragui calme, mais déterminé (Conférence de presse) 

En conférence de presse ce samedi veille de match, Walid Regragui n’a d’ailleurs pas cherché à masquer l’importance de ce rendez-vous.

« Nous entrons dans une nouvelle compétition, nous n’avons plus le choix. Nous connaissons très bien la Tanzanie pour l’avoir affrontée à plusieurs reprises. Ce sera un match difficile, comme toujours, avec toute l’humilité et le respect que nous devons à nos adversaires », a d’abord lancé le sélectionneur national.

Conscient des critiques sur le jeu de son équipe, le technicien marocain assume une approche pragmatique. « On nous fait passer pour une équipe attentiste depuis trois ans. Nous avons ce souci de gérer les temps forts et les temps faibles. Nous cherchons à garder de l’intensité. Les équipes ont du mal à résister face à nous et nous marquons souvent en seconde période. Maintenant, plus la compétition avancera, plus nous affronterons des équipes capables de résister au pressing. À nous d’être intelligents ».

Brahim, Hakimi, El Kaabi : des cas symboliques

Sur Brahim Diaz, Regragui a insisté sur son évolution. « Brahim, aujourd’hui, est efficace. J’ai toujours dit qu’il lui fallait du temps pour s’adapter à cette équipe et à ce jeu africain totalement différent. Il est désormais plus proche de la surface, lâche plus rapidement le ballon et se montre beaucoup plus mobile. On sait ce qu’on attend de lui. Dans cette équipe, le danger vient de partout, et c’est ce qui m’importe. Brahim s’intègre pleinement au collectif ».

À propos de l’état d’esprit général, le sélectionneur a rappelé un mot-clé, presque un mantra. L’humilité. « Depuis le début de la compétition, j’ai dit que c’est la CAN de l’humilité. Mon travail, celui du staff et des joueurs, c’est de garder les pieds sur terre. Nous n’avons pas gagné la CAN depuis 50 ans, justement parce que l’humilité est essentielle. Il n’y a pas d’équipe facile. Nous jouons chez nous, et c’est un match à élimination directe. À nous de faire en sorte que demain, cette équipe n’ait aucune chance ».

Sur Achraf Hakimi, longtemps ménagé, Regragui a levé le doute. « Nous avons toujours été clairs depuis sa blessure. L’objectif était de le faire monter en puissance et de le faire revenir au bon moment. Physiquement, il est désormais prêt. C’est à moi de prendre la décision. Aujourd’hui, nous avons le luxe de ne pas l’avoir fait jouer lors des deux premiers matchs. Hakimi est disponible ».

Les penaltys, éternel sujet sensible, n’ont pas été éludés. « Les penaltys font partie du processus des matchs à élimination directe. La séance nous a souri en Coupe du monde, mais pas en CAN. L’essentiel reste de faire le travail pour ne pas en arriver là. Et si c’est le cas, il faut aborder cette situation avec confiance ».

Enfin, sur Ayoub El Kaabi, le sélectionneur a livré un message fort. « Il a connu des hauts et des bas, mais il n’a jamais abandonné. Le travail et le silence finissent toujours par payer, et cela prouve toute son humilité. Il sait d’où il vient et où il veut aller ».

Présent aux côtés de son sélectionneur, Romain Saïss mesure l’enjeu. « Nous avons franchi la première étape et nous entamons désormais une nouvelle compétition. Il est important de ne pas sous-estimer l’adversaire et de ne pas répéter les erreurs du passé. Nous sommes uniquement focalisés sur ce match et avançons rencontre après rencontre ».

Dimanche, il ne sera pas seulement question de qualification. Il s’agira de savoir comment cette équipe aborde enfin ses rendez-vous avec l’histoire. Sans précipitation, sans peur, sans ce poids invisible qui accompagne trop souvent les grandes promesses marocaines. La CAN est ainsi faite : elle ne récompense ni les discours ni les statuts, mais la capacité à traverser l’orage avec lucidité. Face à la Tanzanie, le Maroc n’a rien à prouver au continent. Il a surtout quelque chose à se prouver à lui-même.