Une IA responsable : pourquoi et comment ?

Par El Fallah Seghrouchni Amal

En posant les fondations d’une IA responsable, éthique et souveraine, le Maroc fait le choix d’une “urbanisation” du digital, où architecture, gouvernance et responsabilité deviennent les piliers d’un progrès maîtrisé.

Des grandes questions se posent avec cette “révolution” vertigineuse de l’intelligence artificielle : sommes-nous en progrès, ou va-t-on droit dans le mur ou les yeux fermés vers un ravin ? Sommes-nous bien armés pour aborder au mieux les virages technologiques et les changements d’usages et de paradigmes qui se présentent à nous ? Ces questions sont les raisons pour lesquelles il faut “urbaniser” le développement digital, ainsi que celui de l’intelligence artificielle, afin d’éviter qu’il ne soit qu’un simple amas et cumul d’applications et d’infrastructures pouvant nous mener vers un bidonville digital construit sans urbanisation ni attention.

Pour pallier ce risque, le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration (MTNRA) et la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) ont signé, le 11 septembre 2025, un “memorandum of understanding” (MOU) pour le développement d’une plateforme nationale de l’intelligence artificielle (IA) responsable et d’un framework de plateformes nationales basée sur un Large Language Model (LLM).

Ce travail vise la mise en place d’un cadre d’IA responsable intégrant la conception d’un framework de plateformes nationales basée sur un LLM, développée avec des spécificités nationales prenant en considération la langue et la culture marocaines, le cadre juridique national et l’identité numérique souveraine. L’objectif est de mettre à disposition des citoyens, des entreprises et des administrations des outils d’intelligence artificielle générative et conversationnelle, sécurisés, performants et respectueux des droits fondamentaux.

Cette signature a constitué une étape stratégique dans la construction d’une intelligence artificielle marocaine, souveraine, éthique et responsable, positionnant le Royaume comme un acteur de référence dans la dynamique numérique à l’échelle africaine et internationale.

L’“IA responsable” est donc le maître-mot de cet accord entre les deux institutions : un ministère exécutif opérationnel, en charge de la stratégie digitale et de sa mise en œuvre nationale, le MTNRA. Et une institution de bonne gouvernance, qui veille au respect transverse de la vie privée et de la protection des données à caractère personnel des citoyens, la CNDP.

Une question de méthodologie et d’architecture

“On n’attend pas la dernière semaine pour veiller à ce qu’une voiture respecte les principes écologiques. C’est au tout début de la conception que se fixent les principes de responsabilité”

Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration
Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée auprès du chef du gouvernement, chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration,Crédit: DR

L’“IA responsable” est d’abord une méthodologie. La mise en place d’une application d’IA ne doit pas gérer la responsabilité en dernier lieu, lors de la dernière semaine du développement ou du projet technique. Nous parlons de Privacy by Design. Nous parlons aussi de Responsability by Design. On n’attend pas la dernière semaine pour veiller à ce qu’une voiture respecte les principes écologiques. C’est au tout début de la conception que se fixent les principes de responsabilité. C’est au tout début qu’on décide si c’est un véhicule à essence, un véhicule qui roule au diesel ou un véhicule électrique. Les principes de responsabilité doivent être définis en amont, au début du projet, et durant le projet. C’est pour cela que la méthodologie est importante.

“Les algorithmes doivent être loyaux, au service du citoyen, intègres, respectant sa personne et ses droits, et transparents, c’est-à-dire lisibles, compréhensibles et complètement explicables”

Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration

L’“IA responsable” est ensuite une architecture. Une application d’“IA responsable” n’est pas un objet désorganisé qui permet de produire des décisions monolithiques, en boîte noire, sans que le citoyen ait de recours. La façon de concevoir les applications et d’utiliser l’infrastructure doivent respecter certaines règles auditables et contrôlables. Les algorithmes doivent être loyaux, au service du citoyen, intègres, respectant sa personne et ses droits, et transparents, c’est-à-dire lisibles, compréhensibles et complètement explicables. Il doit être possible aussi de vérifier que les données utilisées sont bonnes, exactes et obtenues de façon licite.

En d’autres mots, une application d’IA doit suivre certains types d’architecture, entre autres sur le plan logiciel et matériel, et ainsi faire en sorte que la responsabilité soit structurellement déclinée. Il s’agit de choses très concrètes. On ne construit pas, dans les immeubles, des balcons sans balustrades. Celles-ci sont essentielles pour protéger les habitants. Le MTNRA et la CNDP travaillent donc sur cet objectif : accompagner l’écosystème national pour qu’il dispose de la définition de cibles structurantes en mesure de l’aider à atteindre cette cible.

Un nouveau mode de vie

L’“IA responsable” est enfin un nouveau mode de vie. Nous sommes entrés de plain-pied dans une nouvelle ère : le MTNRA veille à déployer tous les éléments qui feront du Maroc une nation transformée vers le digital et vers cette IA internationale tout en respectant son Histoire et ses traditions. La nouvelle génération porte et illustre une capacité d’innover, d’inventer et de transformer. Le MTNRA est en train de structurer notre entrée dans ce nouveau monde : structuration du mode d’aide et de financement des start-ups, rapprochement du monde de la recherche et des acteurs économiques (avec les instituts Jazari), mise en place de l’outillage conceptuel et technologique pertinent et adéquat, développement d’ouvertures régionales et internationales, actions au niveau du monde rural et des parties les plus reculées du territoire. En conclusion, l’engagement pour un progrès éthique traduit une volonté stratégique.